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Hind

Blogueuse culture foot et critique rock indépendante.


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Liverpool sur un fil rouge

Comment ne pas entendre les cris racistes dans les tribunes

Démode d'emploi – Les invectives racistes dégringolent des gradins italiens. Inventaire des méthodes pour rester dans un confortable déni. 

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Chaque week-end, nous assistons au triste spectacle qu’offrent les tribunes italiennes: cris de singe, insultes et projectiles. La Fédération (FIGC) a déclaré en janvier dernier avoir renforcé les sanctions contre les manifestations de racisme dans les stades: maintenant, un match peut être arrêté en cas d’incident, sur demande.

 

Cependant, peu de sanctions financières sont appliquées. La FIGC proteste du bout des lèvres. "L'hypothèse d'une suspension créerait un préjudice d'image pour le football italien et pour les vrais supporters", avait déclaré Gabriele Gravina, président de la Fédération. Renforçons les actions, mais pas trop tout de même. Du côté des clubs et des supporters, la mode est au déni.

 

 


Oui, mais non, peut-être

Il y a le raciste et, lui, tout le monde est d’accord pour dire qu’il est vilain, puis il y a le raciste qui s’ignore ou qui feint de s’ignorer, entretenant un état de perpétuelle ambivalence. Le Schrödinger des racistes: vous ne pouvez pas savoir à moins d’ouvrir la boîte – la boîte crânienne cela s’entend. Le racisme quantique comme ligne de défense.

 

Il n’y a pas de racisme dans les stades et surtout pas dans les stades italiens. Déjà parce qu’il n’y a pas de racistes chez les supporters italiens, et puis, il n’y a pas de racisme tout court en Italie, pas depuis la marche sur Rome, un peu par-là, au virage à droite de l’Histoire. Pas vu, pas entendu, pas comprendu – à la Nixon grande époque Watergate.

 

 


Pour un stade sans racisme

L’absentéisme. Si vous tenez réellement à ne rien entendre, la solution la plus évidente est de ne pas aller au stade, surtout si vous ne contrôlez pas vos pulsions simiesques. Cette méthode a une limite: elle ne noie pas les voix fascistes qui beuglent dans votre tête. Donc, là, c’est entre vous, vous-mêmes et la voix de feu Il Duce.

 

L’alternative. "C’était les sifflets contre l’arbitre, qui d’ailleurs a pris des décisions qui laissent perplexe." Ici, non seulement vous proposez une explication alternative, mais vous déviez le sujet sur l’arbitrage. Ce qui permet d’oublier ce qui ne pouvait être qu’une hallucination auditive collective, et de lancer le débat sur un autre sujet polémique, mais moins dérangeant.

 

Mais aussi: "Il s’agissait probablement des sifflets contre [insérez ici nom de joueur pas noir] ou des cris de joie assourdissants de nos supporters". La gadoue est lourde sur l’estomac, mais elle s’avale si on force.

 

Cette méthode porte le nom de Hellas Verona, elle connaît peu de succès auprès de ceux qui veulent absolument insister pour voir du racisme là où il n'y en a pas (l’intelligentsia gôchiste), mais après tout, il y en a pour parler de réchauffement climatique alors qu’ils pourraient juste mieux s’habiller.

 

 

 

Le ni-ni. Concéder du terrain aux détracteurs parce que tout de même, dans le doute. Aussi appelée la méthode Bonucci: "La faute était partagée à 50-50". Pour encore moins se mouiller, toujours utiliser le conditionnel, la méthode préférée des communicants de club. "Nous nous excusons sincèrement vraiment, si…" Soit une excuse et une remise de la balle en touche.

 

 

La bascule : pour que la culpabilité change de camp

 

 

Ceci est un chef-d’œuvre et un modèle du genre. On y trouve tout: l’inversion des rôles, le paquet total sur la négation et enfin la négociation. Il n’y a pas de racisme, il n’y a pas de racistes, il n’y a pas de problème et, si tu es attaqué, c’est uniquement parce que tu es beaucoup trop fort et beau, c’est un compliment. Ce qui est également la défense invoquée par les agresseurs sexuels.

 

Dans le même registre de stratégie, il y a aussi la variante embrouille sociologique: "Et puis d’abord, il y a aussi beaucoup de racisme anti-blanc, mais personne n’en parle!" Ipso facto, on ne peut pas être vraiment raciste si on subit soi-même du racisme.

 

La méthode Ménès a cela de bon qu’elle ne vous épargnera pas les torches et les fourches, ni le vitriolage en règle, mais elle aura le don de nourrir l’espace médiatique boulimique avec autre chose. "Le racisme anti-blanc existe-t-il vraiment? Plateau ce soir avec Tartuffe 1 et 2, et grand Tartuffe suprême [tous blancs donc forcément objectifs] pour se livrer à des logomachies inaudibles, mais après tout l’important est ailleurs."

 

Enfin, dites-vous, la position de raciste est toujours plus enviable que celle de militant pour le climat, par exemple, on vous oubliera bien plus vite. Assumez donc vos idées et ne laissez personne vous empêcher d’être qui vous êtes réellement: de sales gros racistes.

 


Bonus détournement
Je nourris envers les tifosi fascistes un sentiment identique à celui des partisans de la Ligue lombarde envers les immigrés extracommunautaires: "Je ne suis pas raciste, à condition qu’ils restent chez eux" – presque Umberto Eco.

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Les stades et les supporters


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