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Christophe Kuchly


Dé-Manager, qui parle dans Vu du Banc et écrit pour l'AFP et dans La Voix du Nord.


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Huit mois

Comment bien gérer son entraîneur ?

Les présidents de clubs peuvent avoir bien réussi dans le monde des affaires, ça n'empêche pas une bonne partie d'entre eux de faire n'importe quoi, notamment dans la gestion des coaches. On leur a donc préparé une liste des erreurs à ne pas commettre.

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Ne pas se précipiter

Cela peut paraître évident mais le rappel est nécessaire: il faut du temps pour faire passer ses idées, surtout si elles diffèrent de votre prédécesseur (sauf si vous n'en avez pas, ce qui est un autre problème). Au très haut niveau, les joueurs ont un bagage tactique et technique qui leur permet de réduire la durée d'adaptation, et l'exemple du Chelsea de Maurizio Sarri prouve qu'on peut subitement gagner près de 10% de possession sans que les résultats ne s'effondrent. Mais les techniciens qui voient le salut par la création, et donc une prise de risque offensive qui crée les conditions de l'erreur individuelle, ont besoin de répétition pour perfectionner les circuits qui doivent déstabiliser l'adversaire.

 

 

Choisir un entraîneur audacieux, comme Nantes l'a fait avec Miguel Cardoso, c'est accepter que dans l'expression projet de jeu, il y a projet. Cela ne sous-entend pas que le coach a carte blanche pour tenter tout et n'importe quoi et qu'il faudra forcément passer par des mois de mauvais résultats avant d'en récolter les bénéfices. Mais tous les clubs "moyens" des grands championnats, très largement majoritaires, devraient voir l'évolution du football augmenter leur audace.

 

Puisque les titres sont quasiment réservés à quelques superclubs, et que tout est fait pour limiter l'impact d'une relégation (baisse du nombre de condamnés ici, maintien des droits télés dans la division inférieure là), pourquoi arrêter après quelques mois les mandats des nouveaux venus? Au-delà de l'aveu d'échec – qu'on peut certes appeler réaction rapide à un problème insoluble si on veut garder la face –, c'est toute l'image du club qui est détériorée. Sauf à compenser par le prestige de l'écusson (un peu) ou les salaires (beaucoup), on ne se rend pas attractif par l'instabilité.

 

 

Ne pas trop s'impliquer dans le sportif

"Je mets toujours les dirigeants à la seconde place. L'expérience m'a montré qu'ils regardent presque tous du haut vers le bas. Dans cette perspective, on se sent souvent supérieur et on essaie de convaincre l'autre qu'on a raison. (…) Ils devraient comprendre que leur fonction à la tête du club, c'est d'accompagner les processus que d'autres mettent en route." Dans son autobiographie Mémoires, Johan Cruyff passe un certain temps à critiquer les directions qu'il a côtoyées, rappelant des évidences rarement mises en pratique. Si un entraîneur principal délègue la préparation physique, des gardiens et des séances vidéo, en quoi un président est-il apte à intervenir sur la tactique?

 

 

La réflexion du défunt Néerlandais allait plus loin: selon lui, les dirigeants qui n'ont pas de compétences sportives ne devraient pas participer au choix de l'entraîneur, autant parce qu'ils ne sont pas qualifiés que parce que leur position les expose à l'influence de divers lobbies. Les contre-exemples existent, certains joueurs ou coaches placés par des agents proches des décideurs ayant réussi. Cette saison encore, des recommandations appuyées de la part de président quant à certains éléments à mettre dans le onze ont porté leurs fruits. Mais au-delà de ne pas être très sain, cela n'en fait pas un modèle.

 

Après tout, rien ne dit qu'un coach qui interférerait dans le domaine d'action de ses dirigeants ne ferait pas mieux qu'eux. Gerard Piqué, essentiel dans le deal à plus de 200 millions du Barça avec Rakuten, pourrait d'ailleurs expliquer à son ancien président Sandro Rosell comment ficeler un accord sans se retrouver en prison. Diriger un club, et a fortiori le posséder, peut offrir des opportunités politiques ou de business, servir de couverture à diverses activités ou même être une assurance vie. Mais toutes les ambitions, des plus louables aux plus obscures, se heurtent à une réalité: les joueurs jouent, et s'ils ne sont pas mis en condition de performer, les échecs sportifs couleront les finances.

 

 

Ne pas fixer d'ultimatum

Une relation président-entraîneur, c'est un peu comme un couple. Ça ne dure quasiment jamais plus de quelques années, encore moins aujourd'hui qu'hier, mais on se lance toujours dans l'aventure rempli d'espoirs. Plus ou moins vite déçus, surtout si l'autre n'est pas comme on l'imagine ou qu'on n'arrive pas à le changer comme on l'aurait espéré. Combien des vingt-neuf entraîneurs passés par Palerme entre 2002 et 2017, lors de la présidence de Maurizio Zamparini, ont cru qu'ils arriveraient à le convaincre d'être différents des autres? "Giuseppe Iachini est un abruti, qui ne comprend rien et fait mal jouer son équipe", dira ainsi le businessman de son coach en mars 2016, quatre mois après l'avoir viré une première fois. 

 

 

À se concentrer uniquement sur les résultats, ce type de dirigeants, qu'on qualifiera gentiment d'indécis et un peu impulsifs, font reposer l'avenir de leur club sur les joueurs. En privilégiant le fameux choc psychologique au travail de fond, ils travaillent sur les têtes mais pas sur le jeu. Autrement dit, si l'effectif est assez bon, sa supposée motivation à séduire le nouvel entraîneur le sauvera des eaux. Mais faute de ligne directrice, difficile de faire émerger une harmonie collective et de faire progresser les individualités. Et c'est bien là le cœur du problème: le manque de vision, une qualité que beaucoup de présidents ont pourtant dans leurs autres activités.

 

Depuis plusieurs semaines par exemple, le licenciement éventuel de José Mourinho semble dépendre du résultat du match du week-end. Comme si une victoire, peu importe la manière dont elle est obtenue (et celle contre Newcastle portait autant d'inquiétudes que certaines défaites) et l'enjeu intrinsèque de la rencontre, changeait la qualité du travail du coach et/ou le soutien dont il bénéficie dans le vestiaire – les critères qu'on imagine clés dans le choix de le maintenir ou de le virer.

 

 

Ne pas nommer Fabrizio Ravanelli

Deux victoires en vingt-deux matches à Ajaccio puis l'Arsenal Kiev. Ça finira peut-être par fonctionner mais on a connu plus rassurant.

 

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