auteur
Curtis Midfield

Du même auteur

> article suivant

Revoir Guadalajara

> article précédent

Coup de grisou à Saint-Étienne

> article précédent

La Gazette, numéro 7

Clubs français : le niveau de l'amer (thune)

En dépit des belles victoires du PSG et de Monaco, la Ligue des Champions est bien difficile pour nos couleurs. L'occasion de poser une nouvelle fois la question de l'évolution du niveau du football français
Partager
A mi-course de la première phase de la Ligue des Champions, le bilan des clubs français apparaît mitigé avec 12 points pris sur un total possible de 27. Les défaites face aux Norvégiens de Rosenborg, aux Grecs de l’Olympiakos ou aux Ecossais des Rangers marquent les difficultés que rencontrent nos couleurs pour le moment. S’il est bien entendu trop tôt pour présager de l’issue de la compétition, le constat actuel n’est guère reluisant. Se pose, dès lors, une nouvelle fois, la question récurrente de l’évolution du niveau du championnat de France. Cette interrogation née des conséquences de l’arrêt Bosman a donné lieu ces dernières années à de farouches polémiques. Evolution logique et inéluctable pour les uns, la dégradation de la qualité sportive de nos équipes est contestée de façon virulente par les autres.
Ces derniers, il faut bien le reconnaître, sont de moins en moins nombreux et ont des arguments de plus en plus ténus. Votre serviteur étant un reflet de cette évolution puisque ayant basculé dans le camp de la majorité depuis peu. Devant la haute sensibilité de ce débat touchant à la fierté nationale, il nous faut essayer de raisonner en termes mesurés et pas forcément définitifs.

Le football français dans la nouvelle hiérarchie européenne
Premier point : quels repères utiliser pour jauger le niveau de notre championnat vis à vis de celui de ses voisins ? Seule réponse : les résultats des compétitions de clubs. Ceux-ci sont sévères et marquent la disparition de la France au plus haut niveau. Si la Coupe de l’UEFA peut encore entretenir l’espoir (voir Lens la saison passée), la compétition reine brise dorénavant toutes nos illusions. Sa nouvelle formule chargée de multiplier les bénéfices a également pour but de dégager une hiérarchie plus établie mettant à l’abri des mauvaises surprises les plus nantis. La multiplication des rencontres en servant ce double objectif a ramené le football hexagonal vingt-cinq ans en arrière bien loin derrière l’Italie, l’Espagne ou l’Angleterre. Désormais un club grec, norvégien ou turc peut mettre à bas n’importe quelle équipe française. Situation impensable il y a cinq ans à peine.
Cette amère constatation nous amène à notre second point, les raisons de cette nouvelle médiocrité tricolore. Elles tournent toutes autour d’un même élément : l’argent. La planète foot ne connaît plus que lui et a adopté un registre de comportements et de raisonnements directement liés à son arrivée massive. S’il a toujours joué un rôle important désormais il l’emporte sur tout. L’aspect sportif vient après. Ainsi a-t-on du mal à se souvenir que dans un passé pas si lointain un joueur établissait un plan de carrière basé avant tout sur la renommée sportive. Aujourd’hui une page a été tournée et on ne compte plus les joueurs français de qualité partis à l’étranger pour évoluer dans un club de seconde zone où ils gagneront davantage pour jouer moins bien.
A cet égard, la situation de la France est paradoxale. En effet, le football tricolore apparaît comme étant victime de son succès. La qualité de sa formation lui a ramené deux titres majeurs ces deux dernières années et une pluie de départs. Tout footballeur formé dans l’hexagone est maintenant regardé à l’étranger comme un génie en puissance. Cette situation a peu à peu vidé le championnat de France de ses meilleurs talents. Ce phénomène qui a commencé par les grandes stars locales s’étend aujourd’hui dans des proportions inquiétantes. Tout ce qui brille un peu dans nos contrées est désormais dans le collimateur des clubs voisins. Privée de stars, la compétition française se voit également menacée dans son avenir par un pillage en règle de ses centres de formation.

L'argent des autres
Mais nous direz-vous, pourquoi et comment tout ceci est-il possible? Pour comprendre, il faut en revenir à l’aspect financier. Actuellement les clubs français souffrent sur deux plans complémentaires. D’une part, leurs recettes sont moindres que celles de leurs voisins, d’autre part, ils sont soumis à un régime fiscal bien plus sévère. Il ne faut pas avoir beaucoup voyagé pour s’apercevoir que la passion qui tourne autour du ballon rond est ici bien plus atténuée qu’en Italie ou en Espagne par exemple. Les recettes guichets, celles liées au merchandising et aux droits TV sont donc moins importantes. Comme, dans le même temps, la France à l’instar de l’Allemagne est le pays qui bénéficie des charges sociales les plus lourdes, ce déséquilibre est encore accentué.
Difficile dans ces conditions de lutter à armes égales. Seuls y parviennent pour le moment, le PSG, Lyon et Monaco. Ces trois clubs ont effectué de gros efforts de recrutement et désirent ainsi par ce biais recoller au peloton de tête européen. Des interrogations subsistent cependant à leur sujet. Elles concernent leur capacité à inscrire leurs efforts dans la continuité et le temps qu’il leur faudra pour combler en terme d’expérience le retard pris depuis l’instauration de la nouvelle formule de la Ligue des Champions.
Le Championnat de France peut nous apporter un premier éclairage sur cette dernière question. Force est de constater qu’à l’heure actuelle, aucun de ses trois clubs ne se balade vraiment. Or, même s’il faut prendre en compte certains paramètres qui peuvent expliquer cet état de fait (le rodage de début de saison, le poids des compétitions européennes), le constat brut n’est pas forcément rassurant. Difficile, en effet, de ne pas s’interroger sur la volonté des investisseurs ayant consenti de gros efforts cette année de prolonger une telle démarche dans le cas d’une absence de résultats immédiats au moins sur le marché domestique. De surcroît, ce qui est vrai à Paris, Lyon ou Marseille ne l’est pas forcément ailleurs. On voit mal ainsi Guingamp, Auxerre ou Troyes recevoir un apport financier comparable à celui de Canal +, de M6 ou de Pathé. Même s’il est devenu plus porteur, l’objet football n’est pas suffisant s’il ne s’inscrit pas dans un bassin de population suffisamment large. Disposant de ressources limitées, les clubs de milieu de tableau se voient donc eux aussi en difficulté quant à la possibilité de conserver leurs effectifs. Contraints de laisser filer leurs meilleurs éléments, ils s’appauvrissent à leur tour sur le plan technique. Les jeunes chargés de boucher les trous ne pouvant être immédiatement au même niveau.

Des solutions politiques, et européennes?
En dépit du lobbying exercés par les pontes de la LNF auprès des politiques pour tenter d’alléger les charges fiscales pesant sur les clubs, nous ne pensons pas que les solutions puissent être franco-françaises. Dans la mesure où il s’agit avant tout de compétitions européennes, c’est à ce niveau que des mesures doivent être prises et seule la solution de l’harmonisation des lois nous semble pertinente. L’exemple en a été donné avec l’UEFA qui a réussi à imposer une licence européenne (pour le moment peu contraignante). Ce premier pas semble traduire une volonté des instances dirigeantes sportives d’imposer à tous les mêmes règles du jeu tant sur le plan du terrain que sur celui de l’économie. Le Real et son déficit surréaliste (près de deux milliards) finiront peut-être un jour par être exclus des compétitions internationales.
Le problème des différences d’imposition entre les pays européens doit bien se résoudre au niveau politique. Et quitte à militer pour une harmonisation des charges patronales et salariales pour le monde du football, nous préférerions tout autant qu’elle s’effectue par le haut. Imposer davantage ce milieu roulant sur l’or n’inciterait guère à crier au scandale. De plus, au regard des salaires pratiqués, notre civisme n’en ressortirait que quelque peu renforcé.
Reste à savoir si ce genre de considération peut entrer dans la tête d’un politique. Car s’il nous faut saluer ce dernier quand il prend la défense des salariés en protégeant la libre circulation des travailleurs dans l’espace européen, nous espérons qu’il saura également être vigilant sur les risques d’inflation salariale démesurée que fait courir la réforme touchant au système de transferts*. Avouons que nous sommes beaucoup plus pessimistes en la matière puisque dans ce cas aucune loi ne serait bafouée. La légitimité des sommes perçues ne pouvant être remise en cause dans la mesure où les principes de respects et de décence ne figurent dans aucun texte réglementaire.
Nous serons, de toute façon, rapidement éclairés sur les intentions des différents acteurs responsables de l’évolution de notre jeu favori. En attendant, il ne nous reste qu’à supporter nos clubs et espérer un exploit qui les enverrait au moins en quart de finale.

* La réforme des transferts actuellement en marche a pour but de supprimer les indemnités de transferts considérées comme illégales par Bruxelles. Elle pourrait amener les clubs à augmenter les salaires des joueurs de façon vertigineuse afin de se protéger des offres éventuelles de rachat de contrat. Ces dernières se basant sur la durée du contrat et sur le montant du salaire perçu par le joueur. Plus celui-ci est élevé, plus le club acquéreur devra payer. A moins que la Commission Européenne n’accepte le principe d’une limitation des salaires...

Partager

> du même auteur

2001 : Lyon marque la page

Le foot français


Jérôme Latta
2020-05-30

Était-ce une "connerie" d'arrêter les compétitions en France ?

Minichro – On peut défendre la reprise des championnats sans se mentir sur ses motivations, ni conclure que la non-reprise était un mauvais choix. 


Mevatlav Ekraspeck
2020-05-01

Top 10 : les orphelins de l’Europe

Ils sont passés tout près d'une qualification européenne, mais le destin ou leur propre faiblesse les en ont empêchés. De Brest à Toulon en passant par Thonon, notre sélection.


Jérôme Latta
2020-02-28

Quand peut-on parler d'« exploit » ?

Minichro – Qu'est-ce qui "crée" l'exploit? Comment définir un terme qui a parfois été employé à propos de la belle victoire de l'OL face à la Juventus? 


>> tous les épisodes du thème "Le foot français"

Le forum

Qui veut gagner des quignons ?

aujourd'hui à 20h30 - Mevatlav Ekraspeck : Ça va de soi.Sinon j’étais persuadé qu’un Sakapis avait été un footballeur professionnel... >>


Observatoire du journalisme sportif

aujourd'hui à 20h12 - Classico : suppdebastilleaujourd'hui à 17h53A ce sujet Estelle Denis devrait se faire dezinguer par les... >>


Les pseudos auxquels vous avez échappé ...

aujourd'hui à 20h10 - Delio Onnisoitquimalypense : Ah Youri de me voir si Bale en ce miroir >>


CdF Omnisport

aujourd'hui à 19h51 - fabraf : Sauf si les diffuseurs demandent un rabais suite au mauvais temps (plus rien ne me surprend... >>


LdC : La Ligue des Cahiers

aujourd'hui à 19h14 - balashov22 : Merci quand même pour la tentative Rabbi.Perso, je suis plutôt partant pour la solution proposée... >>


Gerland à la détente

aujourd'hui à 19h12 - balashov22 : Runaujourd'hui à 17h56Koné est actuellement blessé (ou pas suffisamment remis) et a priori... >>


L'empire d'essence

aujourd'hui à 18h31 - fabraf : Mouai... Concrètement pouvait-on vraiment appliquer la nouvelle réglementation technique en 2021... >>


Bréviaire

aujourd'hui à 17h49 - Delio Onnisoitquimalypense : C'est vraiment trop injuste"Mercato PSG : Leonardo bloque Kalimuendo"paristeam.fr >>


Café : "Au petit Marseillais"

aujourd'hui à 17h22 - djay-Guevara : 300 kEur/mois >>


Scapulaire conditionné

aujourd'hui à 17h20 - Mallardeaufraiche : Bancs en plastique, joueurs en bois, dirigeants en carton... Recyclons le Bordeaux Girondins en... >>


Les brèves

Je crois que bon bon

"Laurent Blanc à Lyon, ça ne colle pas pour deux raisons" (foot01.com)

Aucun

"Euro U17 : qui sont les joueurs majeurs de l'équipe de France ?"

Autobiographie

"Ribéry : Des débuts fracassants." (lequipe.fr)

Ô Pep !

"Un pays africain rêve de Bruno Genesio !" (dailymercato.com)

Ruuuuuuuuuuuuuuuuuuud van Nistelrooy

"PSV Eindhoven : Ruud van Nistelrooy prolonge sur le banc des U19." (lequipe.fr)