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Simon Le Blévec

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Cliftonville-Celtic, le derby républicain

La phase préliminaire de la Ligue des champions offre au Cliftonville FC, en Irlande du Nord, le plus bel adversaire dont ses supporters pouvaient rêver: le Celtic Glasgow.

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24 Juin 2013. Dans les locaux feutrés de l’UEFA à Nyon, et dans l’indifférence quasi générale, s’effectue le tirage au sort du deuxième tour qualificatif de la Ligue des champions. Parmi les clubs concernés, le fond du panier européen. Les champions moldaves, estoniens, islandais mais aussi Cliftonville FC, tout fraîchement titré champion d’Irlande du Nord, qui affrontera… le Celtic Glasgow. Un match comme un autre en apparence. En réalité, le rêve de toute une vie pour les fans et les joueurs du club du Nord-belfast.
 


Sur la ligne de front

Un peu moins de deux mois plutôt, les Reds remportent la Danske Bank Premiership avec un total de points historique pour le club (91) et après une année passée – pour Joe Gormley et Liam Boyce, les attaquants vedettes du club – à martyriser les défenses adverses. La dernière fois que les Reds ont été titrés date d'il y a plus de quinze ans: la France chantait alors du Gloria Gaynor en vantant son modèle de mixité sociale black-blanc-beur. De son côté, l’Irlande du Nord entamait douloureusement le processus de paix avec les accords du Vendredi saint, tentant par la même occasion d’oublier trente ans de troubles et de ségrégationnisme. Le titre du seul club étiqueté catholique et républicain de la capitale sonnait dès lors comme une belle revanche après des décennies difficiles...
 

En effet, dans un championnat outrageusement dominé par les clubs de Belfast, Portadown étant le dernier champion provincial il y a plus de dix ans, les joueurs de Cliftonville rencontrent une adversité un peu particulière. Les trois autres clubs majeurs de la ville, Linfield (Ouest), Glentoran (Est) et Crusaders (Nord) ont de très forts accents protestants et ne manquent pas d’exhiber Union Jack et maillot des Glasgow Rangers, symboles de la Grande Bretagne, lors de chaque déplacement à Solitude Stadium. De leur côté, supporters et joueurs de Cliftonville revendiquent leur soutien sans faille au Celtic Glasgow et à la république d’Irlande. Aussi, dans une ville qui cicatrise lentement, encore divisée de toutes parts par des murs de la paix, la couleur des maillots "glaswegians" que portent les kids est une indication marquée et remarquée de l’orientation politique de la rue. Les bandes blanches et vertes des hoops pour les petits Connor, Ciaran et Aoife. Le bleu britannique des Rangers pour Edward, Harry et Victoria…
 

 



 


Les cicatrices de "Stroke City"

Le processus de paix aidant, Cliftonville n’est toutefois pas un club isolé dans la ligue semi-professionnelle d’Irlande du Nord. Glenavon, Dungannon et Coleraine ont de forts accents républicains. Aussi, les récents discours pacifistes des dirigeants des principaux clubs ont réduit un peu l’aigreur de certains fans, de part et d’autres. Ce n’était malheureusement pas le cas au milieu du siècle dernier, lorsque Derry City FC faisait encore partie du championnat. Au point le plus critique des troubles, alors que l’Irlande du Nord flirtait presque avec la guerre civile, le club de la ville que les Nord-irlandais surnomment ironiquement Stroke City [1], a dû se retirer de la ligue, après plusieurs années d’interdiction de jouer à domicile. Brandywell, stade du club, était en effet situé dans le "free Derry", bastion républicain d’une ville déjà très républicaine, ce qui rendait les déplacements particulièrement dangereux pour les clubs à forte identité protestante et unioniste. Depuis, Derry a intégré le championnat national de la République d’Irlande. L’histoire ne dit cependant pas si le Noël Le Graët local a demandé deux-cents millions d’euros à la "principauté" de Derry pour régulariser sa situation administrative.
 

Avant Derry et le "Brandywell-gate", le Belfast Celtic FC, directement affilié au Celtic de Glasgow, participait même au championnat, qu’ils ont remporté quatorze fois dans la première moitié du 20e siècle, avant que le club ne rencontre également des problèmes pendant les troubles, notamment à l'occasion d’un match contre Linfield durant lequel plusieurs de ses joueurs ont été blessés. Depuis, à Belfast, le club a été dissous et son stade a disparu, laissant sa place à un centre commercial. Les fans, eux, sont toujours là…

 



 

L’annonce de la double confrontation entre le Cliftonville FC le Celtic de Glasgow au mois de juillet, période délicate des marches orangistes dans la ville, a donc été perçue comme une véritable fête, un match rêvé et confraternel. Conor Devlin, gardien emblématique des Reds, avouait quelques heures après le tirage que c’était un rêve pour les joueurs dont "99% sont fans du Celtic". De son côté, le président du club annonçait son intention de recevoir les Hoops à Solitude Stadium, malgré ses 3.000 places, plutôt que de devoir déplacer la rencontre à Windsor Park, symbole un peu trop marqué de la royauté. Une chose reste sûre: à Solitude ou ailleurs, avec ou contre ses fans, le Celtic ne marchera jamais seul.
 


[1] La désignation politique neutre de la seconde ville d’Irlande du Nord étant Derry / Londonderry afin de contenter tout le monde, une partie de la population a ironisé sur ce slash (ou stroke) entre les deux dénominations pour la surnommer Stroke City.

 

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