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Toni Turek

 

Überfan des footballs d’Allemagne et d’Autriche, passés et présents. Taulier de la Ventre Mou's League.


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Chute libre

Cent ans après la création de son championnat, l’Autriche  a mal à son football. Les symptômes sont nombreux, pas les idées pour y remédier.
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La centième édition du championnat d’Autriche ne sera pas l’occasion d’un heureux anniversaire. Sur les terrains, les supposés leaders multiplient les faux-pas et peinent à séduire. En dehors, dirigeants, fans et entraîneurs se distinguent rarement en bien. La tipp3-Bundesliga powered by T-Mobile est malade.

Confusion nationale, néant européen
À six journées de la fin, l’incertitude règne: sept clubs (sur dix!) restent mathématiquement en lice pour le titre, et les cinq premiers qui se tiennent en cinq points y croient. Aucun leader n’est fiable, la faute à des résultats très inégaux. Après vingt-neuf journées et malgré six défaites chez elle, le leader qu’est l’Austria de Vienne compte 50 points et ne peut déjà plus atteindre le total de 72 unités obtenu par le… troisième de l’an dernier. Tous les clubs de tête sont irréguliers. J26: aucun des cinq premiers ne gagne. J27-J28: Salzbourg prend un point en deux matches face au dernier. J29: les cinq équipes jouant à domicile perdent sans marquer, dont les deux leaders – etc. De quoi donner des cauchemars aux parieurs.
Une certitude sportive existe toutefois: celle que les clubs autrichiens servent de faire-valoir en Coupe d’Europe. Le dernier à avoir joué les poules de C1 a été un Rapid de Vienne auteur d’un zéro pointé. Depuis l’hiver 2005, c’est le néant, malgré les essais répétés de Salzbourg. Quant à la C3, si la saison 2009-10 avait vu quatre clubs autrichiens présents en phase de groupes, seul Salzbourg était allé un tour plus loin. Quant à la saison 2010/11… L’Austria et Graz sont sortis prématurément, et en poules le Rapid et Salzbourg ont glané cinq points à eux deux. Pas sûr que la tipp3-Bundesliga vaille longtemps un vingtième rang au classement UEFA des championnats.

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Pénurie de stars
Côté noms, l’Autriche attire peu. La plupart des joueurs étrangers – environ 25 % dans l’élite – viennent d’Allemagne (11), d’Espagne (8 – l’effet Coupe du monde?), de République tchèque (8) et de Croatie (4). Mais les plus connus sont souvent des trentenaires avancés ou/et des anciens joueurs de la Bundesliga allemande (Fukal, Szabics, Tremmel, Vennegoor of Hesselink, Zickler…) ou de la Super League suisse (C. Schwegler, Vonlanthen…). Pas évident d’attirer de jeunes joueurs ou des vedettes au-delà du périmètre germanophone, quand le jeu déployé est parfois d’une pauvreté abyssale.
Quant aux joueurs autrichiens, les quelques noms qui émergent vraiment sont ceux de joueurs souvent partis à l’étranger, dans des championnats ou clubs de deuxième rang (tel Janko aux Pays-Bas) et qui ne réussissent pas toujours à s’imposer (rappelez-vous les cas de Haas et Linz en France). Et ceux qui jouent dans les championnats majeurs, s’ils parviennent à être titulaires, ne le sont pas dans des "grands clubs": Fuchs à Mayence, Stranzl à Gladbach, Scharner à WBA…


Du rififi sur le banc
Côté entraîneurs aussi, il y a de quoi dire en Autriche. Si voir la lanterne rouge en user trois en dix mois n’est pas exceptionnel, voir deux prétendants au titre limoger les leurs en fin de saison est plus bizarre. Ainsi, Salzbourg s'est séparé du Néerlandais Huub Stevens à la veille d’un match de championnat. Etait-ce le meilleur moment pour un "choc psychologique" [1]? Pour Mateschitz, le boss milliardaire de Red Bull, la réponse était oui… Raté: les deux matches suivants joués à domicile (face au dernier et au promu) ont été perdus! Le titre est en danger; or, une saison sans titre à Salzbourg, c’est une saison manquée, car sans accès au pactole de la C1. Autre cas, le Rapid de Vienne. Son entraîneur Peter Pacult a été viré pour avoir rencontré les patrons de Red Bull sans en avoir parlé au président du Rapid. Le Rapid réussit pour l’heure mieux que Salzbourg: le doublé championnat-Coupe reste possible. Le malheur des uns…
Plus que par leurs limogeages, les entraîneurs de l’élite se sont fait remarquer pour leur forte propension à discuter et critiquer les décisions arbitrales dès qu’elles font tort à leurs équipes. Hors-jeu, penalties, cartons jaunes/rouges, tout est bon pour mettre mal à l’aise et insulter les hommes en noir, qui ont bien du mérite à rester stoïques, particulièrement cette saison, alors que la Ligue autrichienne reste discrète. Trop.


Instabilité chronique
Sur la décennie passée, plusieurs clubs pros autrichiens ont connu une relégation administrative – ou ont même disparu – la faute à une gestion hasardeuse ou à la folie des grandeurs [2]. Des clubs ont vu le couperet les frôler, tel le Sturm Graz de l’ère Kartnig, mais s’en sont remis depuis. D’autres ont été repris par des milliardaires: Mateschitz (Red Bull Salzbourg), Stronach (SC Magna Wiener Neustadt), Trenkwalder (Trenkwalder Admira), pour des résultats mitigés ou/et des avenirs douteux. Cas extrême, le Land de Carinthie pleure son football: le FC Kärnten est mort, son concurrent l’Austria Kärnten n’a vécu que trois saisons (lire "Live and Let Die / 1" et "Live and Let Die / 2"), et voilà que le SK Austria Klagenfurt (D3) est également au bord de la faillite après seulement dix mois d’existence. L’avenir du grand stade local qui a accueilli l’EM 2008, l’Hypo-Group-Arena (30.000 places), pose question… Et l’instabilité demeure: la semaine passée, quatre clubs pros sur les vingt-deux existants se sont vu refuser en première instance la licence sans laquelle ils ne pourront évoluer en D1 ou D2 la saison prochaine. Et deux autres clubs l’ont obtenue sous conditions.


Des réformes inefficaces
Le projet d’étendre l’élite de dix à douze clubs, avec passage de 36 à 33 journées, n’a pu être concrétisé: pas assez de clubs aux reins solides. Mis en place, le projet de faire de même pour la deuxième division a tenu quatre ans en tout. Si le passage de la D2 à douze clubs a facilité la gestion des relégations-promotions [3], elle n’a pas été suivie d’effets positifs ni côté finances, ni côté audiences… ni côté sportif: le niveau n’a pas été sensiblement amélioré. Pire, sur la dernière saison à douze, la D2 accueillait même deux réserves: les Austria Wien Amateure et les Red Bulls Juniors n’évoluaient qu’un étage plus bas que leurs équipes premières, ce qui constituait un "avantage déloyal" selon quelques clubs rivaux.
La brutalité de la réalité n’est pas qu’économique. Le lendemain de l’arrêt de la rencontre entre St. Pauli et Schalke en Allemagne, l’arbitre du match Sturm Graz-Rapid de Vienne a failli siffler la fin de la partie dès… la deuxième minute, là aussi pour jets d’objets. Un cas pas isolé: les heurts dans les tribunes, par exemple lors des derbies viennois entre Rapid et Austria, sont hélas récurrents.


Quelle solution miracle?
Faible intérêt sportif et financier, faible reconnaissance, accès de violence, clubs mal menés: des joueurs moyens, un jeu moyen, des résultats moyens… et peu de moyens. Tout cela limite l’attractivité de la Bundesliga autrichienne. Les hésitations de la ligue sur le meilleur format du championnat, la mainmise sur des clubs par des milliardaires capricieux, l’irrégularité des équipes en termes de résultats sportifs: si le suspense est présent sur le terrain et en coulisses, il n’améliore pas vraiment le niveau du foot local, qui en paye le prix avec l’absence d’épopée européenne de ses clubs, les ratés en qualifications à un tournoi majeur de l’équipe nationale depuis 1998, et un classement FIFA médiocre.

Comme quoi le foot français vilipendé par certains n’est pas forcément le pire. Ce constat fait, les solutions manquent. Quelques idées pour y remédier? Les acteurs du foot autrichien seraient bien inspirés d’en trouver. Sinon, la prochaine saison pourrait bien ressembler à celle qui se finit. Surtout pour le pire.


[1] Un moment plus adéquat eût été la trêve hivernale: Stevens en était alors venu aux mains avec un de ses assistants après un match amical de son club.
[2] Exemples: le FC Tirol Innsbruck, champion 2000-01-02, liquidé en 2002; le Grazer AK, champion 2004, recalé de D1 en D3 en 2007.
[3] Le premier de chacun des trois groupes de D3 montait en D2, ce qui évitait des play-offs.
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