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Ode à la deuxième division

Charles de Goal

Avec ses analyses haut de gamme et son courageux régionalisme, Charles Biétry ne mérite pas les sarcasmes de la pseudo intelligentsia des Cahiers. Enfin une étude documentée sur son inimitable talent…

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Chers Cahiers du Foot, Rejeté par le courrier des lecteurs de L’Equipe qui pourtant avait fait une page spéciale débat pro/anti Coupe de la ligue, je viens ici m’offusquer de la critique incessante et systématique que vous formulez à l’égard de la Coupe de la Ligue. Injustement qualifiée de coupe en bois alors qu’elle rapporte plus d’un stère aux clubs, elle permet de voir de vrais beaux matches de pros sur le Service Public de l’Audiovisuel. Aussi, je retrouve chaque fois avec le même ravissement Charles Biétry qui ne manque pas d’éclairer les matches de ses commentaires avisés et de promouvoir cette formidable région qu’est la Bretagne. Charles Biétry demeure l’un des spécialistes les plus incontestables du football français. Et, le Prof, comme l’appellent sûrement ses élèves commentateurs de la rédaction de France Télévision, fait toujours face aux difficultés. Cette année, pourtant, le sort n’a pas épargné notre héraut breton, les tirages l’ayant mis face à deux dilemmes cornéliens. Il a une nouvelle fois pu prouver toute sa compétence et son objectivité lors d’un PSG-Nantes —les réminiscences de ses désillusions n’ont dû cesser de le tourmenter, lui qui tenta en d’autres temps cette greffe hasardeuse — puis lors d’un duel fratricide au sein de sa patrie footbalistique.

 


Attention, un seul regard mielleux de Charles Biétry peut vous engluer totalement.

 

PSG-Nantes : match nul, une analyse clairvoyante partout

L’entame de match devant toujours se faire en force pour ne pas lasser le téléspectateur, Charles a démarré bille en tête par un désopilant "Niçois jamais froid" à l’encontre de l’arbitre. Il n’y a pas eu de round d’observation, on l’a vite retrouvé notre ami et ses fameux "Canaris nantais" sur lesquels il a toujours été le plus prolixe. Il nous a épaté par une glorification sincère du génial breton Pierre-Yves André dont il louera l’activité durant tout le match. Ce joueur tant "regretté à Bastia" vit pourtant mal l’injustice des dirigeants nantais qui cherchent de plus en plus à alléger leur masse salariale et finiraient même par se demander s’il n’aurait pas dû rester à "Lannion où il joua jusqu’à ses 19 ans". L’autre Ulysse de l’attaque nantaise sur le terrain ce jour-là, c’était Makukula (1m91 – 92kg), lui aussi a eu sa part d’emphase pour sa "frappe monumentale". Au même instant, charmés par les Hosannas aux plus haut des buts, Loulou Nicollin — toujours à l’affût de la perle — a décroché son téléphone pour prendre de plus amples renseignements sur cet attaquant très en vue dans le championnat de France de CFA. L

 

ors de ce premier tour de la Cup of League, tous les téléspectateurs plus ou moins bretons en ont eu pour leur redevance. Le Maître Biétry n’a jamais tergiversé pour décrire à l’infini ce jeu magique qu’il connaît tant. Bien entendu, il s’est lancé dans la litanie des clichés les plus approfondis sur la question, insistant, ici sur les "fondamentaux" qui se retrouvent en pupilles, minimes, cadets et vétérans, là, sur le génie transmis d’Arribas à Suaudeau, de Denoueix à Marcos, jusqu’à Loïc Amisse en CFA. Le téléspectateur innocent a pu enfin comprendre d’où vient ce même style, il survit grâce à une pratique ludique de la formation en "bac à sable" où l'on joue comme avec "une balle de tennis dans une cour ou un garage".

 

Les qualités de notre statisticien préféré ne seraient rien sans son enthousiasme pertinent qui éclaire son regard d’enfant du ballon. Fin psychologue, lors de ce PSG Nantes, il a su relever "l’état d’esprit remarquable" de Fiorèse qui fit des "gestes dignes de Simba". Tacticien émérite, il a aussi noté le manque dramatique de Déhu. À la mi-temps, il avait ainsi décelé la carence qu’il fallait pallier. La paire "fantastique" Déhu-Nyarko étant absente, il eut fallu une bonne mi-temps, pour qu’heureusement André Luiz sache jouer comme Déhu. Peut-être est-ce là d’ailleurs l’explication de la splendide victoire parisienne? Les fractures psychologiques de l’ancien président du PSG ne s’effacent pas si facilement. Alors, Charles Le Grand se devait de féliciter le génie tactique du nouvel entraîneur du PSG. En résumé, le téléspectateur put enfin être éclairé sur un Luis énigmatique. Charly, qui l’aurait voulu comme fer de lance de son Paris, comprend la "politique de Fernandez" avec "Alonzo dans les buts". Il a vécu en direct la stratégie du polyglotte, Luis présentant dès la 29e un "changement tactique de Fernandez" puis un "replacement de ses joueurs dans la nouvelle organisation" à la 40e et, enfin, à la 54e, une "nouvelle organisation tactique du PSG". Ne reculant devant aucun risque médiatique, Charles le Fin indique même à Luis une manière de communiquer avec sa star: le Web, car "Ronnie communique tous les jours avec sa mère sur l’Internet".

 

Chers ennemis cdfistes, dénigreurs de Coupe de la ligue, méfiez-vous: vous avez peut-être Maman Ronnie parmi vos forumistes aveuglés! Au-delà d’autant de clairvoyance, on a pu constater qu'une des valeurs ajoutées du service public réside dans la création de feuilletons à répétition. Ce jour-là, Charles Le Créateur en découvrit deux. Un premier poétique: le brassard volant "Ronnie" qui tombe, se raccroche et retombe. Le rôle du conteur poète est d’ailleurs attribué au commentateur de bord de la pelouse. Un second plus généreux : il fallait tenir une complexe comptabilité parallèle pour savoir combien d’euros seraient donnés au Téléthon à raison d’une prime aux nombres de buts.

 

 

Guingamp-Nantes : victoire de la mauvaise foi bretonne sur la piste

Au moins, avec les Bretons, il y a moins de surprises et là, on le sait, Charles 1er nous l’explique de suite: les Bretons, ils sont bons! Guingamp et Nantes pratiquent "un jeu qui a très peu d’équivalent en France". Tout va dans ce sens, même les défauts bretons demeurent plus petits que pour les autres, ainsi Guingamp qui prend 6 buts sur corner ce n’est qu’une "très haute moyenne du championnat de France". Et puis, comme il le dit, il faut être très bon pour faire un beau match parce que, franchement, la pelouse détrempée, ça n’aide pas… Heureusement, avec l’ami Charly, nous tenons un spécialiste des pelouses inondées, il sait que l’équipe qui gagnera sera celle qui aura des joueurs qui vont "courir le plus, sauter plus haut, tirer plus fort". Il prodigue même ce sage conseil aux entraîneurs imprudents: "faire rentrer Carnot, un joueur petit, ce n’est pas évident dans de telles conditions".

 

À équipes exceptionnelles : joueurs exceptionnels
Côté Guingamp d’abord, il y a "Drogba qui a marqué autant de buts que Pauleta…de la tête", et "Fabbri, c’est Omar Da Fonseca". Ce Fabbri se mettra même "cul nul" en fin de match tel un sans culotte cocardé à l’hermine. Côté nantais, pour Charles de Goal, le plus grand reste Landreau, "1m83 et c’est pas petit", qui, "à 25 ans, sera un très grand digne de Barthez, selon Ferguson". Et puis, il y a Djemba, qu’est beau comme un soleil, que Charles l’aime pareil, qu’il lui "rappelle Makelele" au FCNA… Aussi, on trouve quantité de "on en reparlera" (copyright France 3 Bretagne) dans ces deux formidables équipes.

D’ailleurs, indice qui ne trompe pas le Roi Charles: trois émissaires anglais siègent dans les tribunes. Ces jeunes-là, futures stars bretonnes, méritent bien leurs superlatifs: Talaoui "a quelque chose de Zidane à l’entraînement dans la bouche de Marchand". Sikimic est dans aucun doute la "découverte de la D2 Yougoslave […] un formidable frappeur, il tire très fort, mais on n'en sait rien" Danic est un futur grand en mode mineur : "très bon petit dribbleur […] manieur, tripoteur de ballon […] bon petit pied gauche". Dalmat, comme contre le PSG, demeure un des "joueurs les plus rapides du championnat de France". Charles le Chrono-maître le tient de sa mère, Stéphane, pourtant très rapide, est né avec 12 minutes 17 secondes d’avance alors que Wilfried l’a devancé d’une tête avec 12 minutes 52 secondes.

 

La Bretagne : pays de football, d’art et d’histoire
Ici, les héros pleuvent. Charles l’Historien, a su raviver les bons souvenirs: "Montero a gagné à Brest la coupe Gambardella avec Guivarc'h et Pabois". Danic, recommandé à l’époque par son entraîneur d’aujourd’hui, fut champion du monde des moins de 18 ans. Et, dans le faux plat pays, les stars ne cessent de naître puisque "le gardien de Vannes qui s’appelle Renaud est la gloire du Morbihan pour longtemps grâce à un arrêt formidable en CFA contre Bourges." La culture celtique fourmille également d'excellents décorateurs en tout genre. Coco Michel, "16 ans à Guingamp et meilleur joueur de D2 en 1999", a sûrement concocté une décoration révolutionnaire pour son "Hôtel de la gare dont il est le propriétaire". Et oui, à Guingamp, tout le monde connaît sa voiture à l’intérieur aux couleurs du club : "Rouge et Noir jusqu’au bout des ongles". D’ailleurs, sa mère lui disait quand il était petit : "Va te laver les mains !", et lui répondait, "Non je suis anarcho-communiste breton !"

En Bretagne, les footballeurs sont des artistes…. De père en fils, une culture omnisports se développe. Guingamp a fait du "hockey sur glace à Rennes" et du "water-polo contre Nantes". Berson, lui, "navigue l’été dans le Golfe du Morbihan…comme de Kersauson mais sans croiser de calamar géant". Aussi surprenant que ce soit, les traditions remontent à une période ancestrale et se transmettent de père en fils puisque "Drogba est le neveu d’un ancien joueur professionnel de Brest", "Malouda le fils du 1er entraîneur de Darcheville" et "Danic, d’un champion de France du 800 m".

 

Page météo : indispensable pour clore un dépliant touristique déjà bien fourni
Là, Charly, je crois que tous les offices de tourisme de la Bretagne doivent te féliciter. Il fallait oser le dire, en Bretagne : "il pleut de temps en temps quand il ne fait pas soleil". Bien sûr, il y eut aussi ce moqueur: "on peut bronzer sous la douche". Mais, personne n’oubliera l’effort à la 40e minute du fayot du banc de touche quand il annonça, alors qu’il pleuvait des cordes à l’écran, "il ne pleut plus". Heureusement, "dès qu’il y a du vent, il y a moins de pluie", et en seconde mi-temps : "il fait à nouveau grand soleil, la pelouse va sécher". D’ailleurs, sur un terrain gorgé d’eau, notre vénéré Charles expliqua que les passes devenaient "plus sèches". Le match se conclut bien sûr par un "toujours du soleil, c’est magnifique", comme à chaque fois en Bretagne, mais faut-il le rappeler?

 

C’est sûr, ami Charles, le "Boire un petit verre" que tu as employé à la prolongation m’était destiné. Il sera bien mérité quand on se croisera en piste. Encore merci, et, comme toi, je le crie bien haut: vive la Bretagne et vive la Coupe de la ligue!

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