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Enzo Olivera

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Revue de stress #112

Cavani : « À Paris, j’ai grandi en tant qu’homme »

Libero – Rencontre avec l'attaquant du PSG, dans la foulée d'une saison où il a confirmé qu'il pouvait être un sacré buteur. On y parle foi, lecture, avenir et, bien sûr, de son club.

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Titre original: "La fama, las redes sociales, el lujo… todo te envuelve y no te deja ver la vida real", publié dans la revue Líbero #17, été 2017.
Texte: Enzo Olivera.
Photos: Charles Chevillard.
Traduction: Rémi Belot.

 

* * *

 

De Naples à Paris. Il est passé d’une ville qui vit pour le football, à un univers où l’on peut se passer du ballon rond. Relégué sur le banc par Laurent Blanc, le Matador est aujourd’hui l’un des meilleurs buteurs d’Europe après une saison à trente-cinq buts. L’Uruguayen fonde sa réussite sur la foi qu’Emery a placée en lui. Et la foi qu’il porte en lui, bien qu’il reconnaisse être un croyant critique envers la religion: "Je n’aime pas cela car ça t’impose des règles. Je vis la foi à ma manière."

 

J’ai envie d’oublier l’actualité sportive et de te parler de ta vie à Paris. Tu viens d’une ville qui vivait pour le football, et tu te retrouves dans une autre ville qui ne connaît pas le même engouement pour ce sport. On va dire que les Parisiens ont d’autres centres d’intérêt, mais c’est ton cas également, puisque tu étudies l’agronomie. Tu penses déjà à l’après-carrière?
On a tous un moment de notre vie où on commence à murir, et à se rendre compte d’un certain nombre de choses. Tu donnes un autre sens à ta vie, un sens plus profond. Sincèrement, aujourd’hui je joue au football, je suis professionnel… j’en profite au maximum, mais j’ai bien conscience que tout cela va cesser et que ça ne constituera qu’une partie seulement de ma vie, qui deviendra de l’histoire ancienne le lendemain du jour où j’arrêterai. C’est pourquoi j’essaie d’apprendre, de me préparer à ces lendemains. Et quoi de mieux que de faire ce que j’aime faire, m’instruire pour mieux connaître l’environnement qui m’a vu naître: la campagne. Je suis tombé sur un site du ministère de l’agriculture uruguayen. J’ai découvert qu’il était possible à n’importe quelle personne de se former, même sans avoir de diplômes, pour suivre des cours et se spécialiser afin de travailler dans le secteur agricole. C’est vraiment quelque chose qui a retenu mon attention, parce que je n’ai jamais terminé mes études scolaires. Mais j’ai très envie d’apprendre, et c’est très bien que je puisse le faire alors que bien souvent, on t’empêche de travailler si tu n’as pas les bons diplômes.

 

 

Il y a forcément un moment où il faut choisir entre les études et le football. Tu as eu ce choix à faire en Uruguay?
Bien sûr. Moi j’ai choisi le football, c’est ainsi que ça s’est passé. Mais je vais te dire la vérité, je ne prends pas le football comme excuse. Je crois qu’il est possible de faire les deux en même temps. Bien sûr, je reconnais que le foot professionnel nécessite énormément de temps et des aménagements d’emploi du temps qui ne facilitent pas les études. Mais si tu veux le faire, il est parfois possible de combiner les deux. Moi je ne l’ai pas fait, sans doute par paresse. Parce que je préférais jouer au foot.

 

Les footballeurs n’ont pas toujours conscience qu’il y aura quelque chose après le football?
Nous les footballeurs, on évolue dans un environnement étrange, sur un nuage, dans une bulle. Pas tous, il ne faut pas généraliser. Mais oui, il faut se rendre compte que nous devons aussi envisager le futur. Que tout cela ne dure que quinze minutes. Ce qui se passe, c’est que l’environnement du football te porte, te transporte, avec tout ce que ça implique, avec tout ce que ça déplace, avec tout ce que le football représente à ce niveau-là. Donc la célébrité, les médias, les buts, les supporters, les réseaux sociaux, le luxe, tout cela t’enveloppe et t’empêche de voir la vie comme elle est vraiment. Je crois qu’au bout d’un moment, tu finis par t’en rendre compte.

 

Quand t’es-tu aperçu que tu devais préparer ta retraite?
Quand je me suis aperçu que le futur, c’était maintenant. Il me reste à peine quelques années de carrière pro, donc j’ai commencé à me poser des questions. C’est pour ça que j’ai suivi un cours sur les systèmes d’irrigation. Cela m’a permis d’apprendre des choses sur l’environnement dans lequel j’avais grandi. Parce que j’ai passé mon enfance dans le centre de l’Uruguay, j’adorais la campagne, mais clairement, nous n’avions pas les moyens pour investir, travailler, produire des choses. Et donc aujourd’hui, je suis une formation parce que l’un de mes souhaits serait de monter une entreprise dans mon pays, dans une zone de production qui me plaît et dans un secteur qui me rendra surement heureux. C’est pourquoi je prends tous ces cours d’agronomie et que je mets un peu le football de côté dans mon esprit.

 

 

« Ce n’est pas uniquement la foi en Dieu, mais la foi en ta famille, en tes amis, en ton entourage »

 

 

Tu es croyant?
J’ai une culture catholique. Mais pour moi la religion c’est avant tout quelque chose de personnel. J’étais dans un collège catholique dans lequel on nous a appris la religion. Mais avec le temps, tu grandis. Beaucoup de religions t’imposent des choses qu’il faut suivre au pied de la lettre. Selon moi, ça ne devrait pas être comme ça. Tu ne peux pas imposer quelque chose, ou essayer de mettre quelque chose dans la tête des gens sous prétexte que tu ressens les choses ainsi ou que tu en a fait un mode de vie. Parce que si l’autre personne ne ressent pas les choses réellement au fond d’elle, tu peux toujours essayer de lui inculquer quelque chose, ça ne fonctionnera jamais. Mais oui j’ai foi en Dieu, et c’est ce qui me donne de la force au quotidien.

 

Qu’est-ce que tu retires de la religion?
Pour moi la foi, c’est quelque chose de plus que simplement avoir foi en Dieu. C’est un état d’esprit qui te permet de passer des caps importants de ta vie. Ce n’est pas uniquement la foi en Dieu, mais la foi en ta famille, en tes amis, en ton entourage. Si tu n’as pas la foi en tout cela, je pense que c’est impossible de vivre, parce que tu te sens vide, tu seras toujours sur la défensive, en pensant tout le temps que les autres sont contre toi. C’est en cela que la foi est quelque chose de personnel. Et c’est pour cela que je ne parle pas de religion, mais de foi, même si je respecte les gens qui la pratiquent différemment de moi.

 

Dans les moments de repos, il t’arrive de lire: qu’est-ce que tu lis en ce moment?
J’aime les histoires difficiles, compliquées, un peu dramatiques. En ce moment je lis un roman qui s’appelle "La fuerza del corazon" ("La force du cœur"). C’est l’histoire d’un type qui étudie beaucoup durant sa jeunesse, parce que ses parents le poussent toujours à devenir meilleur. Parce qu’il veut les rendre fiers, il étudie, travaille, il devient effectivement le meilleur, réussit son examen d’avocat, mais il se rend compte que ça ne le rend pas heureux. Il s’aperçoit qu’il a fait tout cela pour ne pas décevoir ses parents, mais qu’il a totalement laissé de côté ce qui lui plaît, et qu’il est devenu quelqu’un de triste. Après une période d’introspection, il ressent la nécessité de changer les choses, il laisse parler son cœur en abandonnant sa carrière d’avocat et commence un voyage initiatique dans lequel il rencontre tout un tas de gens, des scientifiques, des philosophes, des sociologues. Chacun présente un point de vue différent, mais tous concluent qu’il faut écouter son cœur, car c’est le moteur, ce qui nous donne l’impulsion pour prendre les décisions les plus importantes de notre vie.

 

Et donc?
La conclusion c’est que 90% des décisions qu’on prend avec le cœur sont des décisions positives.

 

Tu as déjà été touché par un livre qui parle de football?
Je suis aussi en train de lire "Hasta la ultima gota" ("Jusqu’à la dernière goutte") sur la vie de Fabian O’Neill (NDLR: un ancien international uruguayen devenu alcoolique). Ce livre dit beaucoup de choses. Le genre d’histoires qui restent, de vraies histoires de vie, pas le football, la vraie vie avec ses souffrances, la pauvreté, l’absence de revenus, les larmes, la célébrité et les échecs…

 

 

Tu es plus touché par ce genre là que par l’histoire ou les statistiques?
Absolument. Parce que ce qui me touche c’est que ça parle de l’aspect humain du footballeur, pas des buts qu’il a marqués ou des titres qu’il a gagnés. De l’endroit d’où il vient, des entraîneurs qui lui ont fait confiance, de celui qui l’a fait percer, de ses succès, de sa gloire et de sa déchéance alcoolique. Ce sont des choses dures. Sa famille, sa grand-mère qui l’a toujours soutenu depuis ses débuts, cette vie de quartier qui est totalement représentative de ce qu’est l’Uruguay.

 

Tu as connu plusieurs entraîneurs dans ta vie: Tabarez, Mazzari, Blanc et maintenant Emery. Qu’est-ce qui les différencie? Lequel t’a le plus marqué? Je me souviens de la conférence de presse à l’arrivée d’Emery à Paris, et il avait déclaré: cette équipe est faite pour Cavani.
Écoute, cette phrase d’Emery, je la rapproche de ce qu’on disait tout à l’heure sur la question de la foi. Ce qui fait que tu as confiance en toi, c’est bien souvent parce que la personne à côté a elle-même confiance en toi, et dans le cas présent, Emery a cru en moi. Il me semble que c’est la base de tout, c’est la clef de l’amitié, de la famille, avoir la confiance de tes proches, c’est ce qui te rend plus fort. Je me sens très fort ici au PSG, et je le démontre parce que l’entraîneur me considère comme la clef de voûte de l’attaque, au poste où je me sens le mieux.

 

Tous les entraîneurs t’ont marqué ainsi?
Ce sont des étapes différentes. Tabarez m’a marqué à la fois sur le plan sportif et sur le plan personnel. Il a toujours eu confiance en moi, même quand il s’agissait de jouer sur les ailes parce que d’autres jouaient dans l’axe, des leaders comme El Loco Abreu, Suarez, ou Forlan qui était très impliqué alors que j’étais plus en retrait.

 

Tu peux renoncer à ton poste de prédilection pour jouer en sélection?
Évidemment! Je te le jure, si je dois jouer pour la Celeste, je peux jouer à n’importe quel poste. Quand Tabarez me faisait l’honneur de me titulariser dans son onze, c’est parce qu’il savait qu’il pouvait compter sur moi. Le "Maestro" nous a beaucoup appris, à la fois sur et en dehors du terrain.

 

Par exemple?
Le sens des responsabilités, et le respect que tu dois avoir pour la sélection uruguayenne. Cela a été décisif, aussi bien en Afrique du Sud (NDLR: à la Coupe du monde 2010) que pour le titre lors de la Copa América 2011. Cet état d’esprit je l’ai tout le temps gardé et cela a porté ses fruits. Même si je le dis souvent, on ne m’a jamais fait de cadeaux en sélection, tout ce que j’ai obtenu c’est à la force du poignet. Tabarez a progressivement gagné le respect du groupe, par ses actes, par des moments concrets, c’est la clef de la réussite entre un professeur et ses élèves. Ces valeurs d’amitié, cette camaraderie nous a permis de franchir des paliers importants en sélection.

 

 

« Emery a l’ambition de gagner mais dans les règles, et c’est ce qu’il essaie d’inculquer aux équipes qu’il entraîne »

 

 

Qu’est-ce qui t’a surpris chez Emery?
Sa manière de travailler surtout. Son professionnalisme et son sens du détail. C’est quelque chose qu’il te transmet à chaque instant. La rigueur, le perfectionnisme. Et puis c’est un entraîneur qui a l’ambition de gagner mais dans les règles, et c’est ce qu’il essaie d’inculquer aux équipes qu’il entraîne. Cette envie qu’il a de réussir est contagieuse, c’est ainsi que je l’ai ressenti au PSG.

 

Quels objectifs tu te donnes avec le PSG?
Gagner toutes les compétitions auxquelles on participe. Il n’y a pas tant de choses que cela à changer, parce qu’on fait les choses correctement, et au-delà des coups qu’on a encaissés, je crois qu’on réalise globalement du bon travail. On doit se concentrer sur les prochains objectifs, parce que les supporters le réclament, et aussi parce que le groupe de joueurs en a envie.

 

Comment tu vois le football européen aujourd’hui?
Le football a changé. Aujourd’hui il y a pas mal d’équipes qui sortent du lot. Il y a des équipes qui jouent très bien, qui ont du style. D’autres qui vont plutôt accepter de se laisser dominer, comme l’Atlético avec son incroyable état d’esprit. Ils l’ont déjà démontré, et ils continuent de le faire. Tout ça fait partie du plaisir du foot. Mais tenir le ballon, comme le fait le Barça, c’est vraiment essentiel aujourd’hui.

 

Avec Laurent Blanc, tu n’étais pas le joueur clef de l’attaque, tu jouais souvent sur un côté. Tu as même été remplaçant. Comment tu analyses cet épisode, avec le recul?
Il n’y a pas que les choses positives qui sont utiles pour apprendre, et je crois même qu’on apprend plus dans les moments difficiles. Au-delà des statistiques et des résultats collectifs, je crois que les choses se sont plutôt bien passées pour moi d’un point de vue personnel, et j’en suis plutôt content. À Paris, j’ai grandi en tant qu’homme. Je suis arrivé dans un certain contexte, et par la suite il s’est produit des événements qui sont habituels dans une carrière de footballeur. J’ai dû m’adapter à ces circonstances, et ma foi, voilà où j’en suis: j’ai toujours cette envie de me battre, comme tout Uruguayen qui se respecte, je m’adapte et je fais avec les vents contraires comme nous savons si bien le faire.

 

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