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Christophe Cusimano

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La Ligue 1 sombre dans la fatalité

Bohemians 1905, de retour en 1. Liga

En juillet dernier, le modeste mais mythique club de Prague retrouvait l'élite tchèque au stade Dolícek, étonnante enceinte plantée en pleine ville. Récit de ce retour.

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Cette année dans le championnat tchèque, un petit événement a eu lieu: la remontée en 1. Liga. d’un des plus vieux clubs de République tchèque, les Bohemians 1905 de Prague. Comme cela avait été le cas en 2011 avec la remontée du Dukla de Prague, historiquement l’équipe de l’armée, c’est un club au lourd passé qui revient dans l’élite. Mais contrairement au Dukla, honni de la population en tant que passage obligé pour les meilleurs joueurs jusqu’à la Révolution de velours, les amateurs de football tchèque ont de quoi se réjouir du retour des Bohemians 1905 [1] et de leurs supporters, connus pour compter parmi les meilleurs du pays.
 

 


Photo: Bohemians 1905. Voir cette galerie de superbes images.  


Sauvé par les supporters

Une brève digression historique s’impose, car il s’agit d’une véritable résurrection pour le club du quartier de Vršovice (quartier auquel celui-ci devait d’ailleurs son nom originel, l’AFK Vršovice) qui a traversé de graves difficultés financières: dans l’histoire récente (2005), accumulant une dette de plus d’un million d’euros, le club a été rétrogradé en troisième division. Mais grâce au soutien des supporters eux-mêmes, le club a pu en partie régler ses dettes, a été rebaptisé Bohemians 1905 et a gravi les deux échelons le séparant de l’élite en deux ans. L’équipe a obtenu son meilleur classement de ces dernières années en 2010/11, terminant à la sixième place, non qualificative pour la coupe UEFA. L’embellie est de courte durée puisque la saison suivante conduit le club en 2. Liga. Deux années seront alors nécessaires à la remontée.
 

Un dernier obstacle – et non des moindres – a résidé en 2010//11 dans l’obligation de partager le stade du grand rival, le Slavia, pour cause de vétusté du stade historique Dolícek, distant d’à peine un kilomètre de l’Eden, celui du Slavia. Un appel aux dons a été lancé pour sa rénovation et a permis de refermer cette page vécue comme une humiliation par les supporters des Bohemians. La descente en 2. Liga a permis aux Bohemians 1905 d’y rejouer tout en y effectuant les travaux. Le club est désormais présidé par la figure nationale Antonin Panenka.
 


Loin, l'épopée européenne

Cela dit, on comprend bien que rien n’est simple pour la Bohemka et le seul titre de champion de Tchécoslovaquie obtenu en 1983 n’en fait pas un poids lourd du football local. On pourrait malgré tout rappeler la plus grande performance du club cette même saison 1982/83 au cours de laquelle les Bohemians atteignirent les demi-finales de la coupe UEFA, écrasant les Verts de Saint-Étienne au deuxième tour et éliminant au passage le Servette de Genève, Dundee United et ne s’inclinant que face au grand Anderlecht de Franky Vercauteren, futur vainqueur en finale face au Benfica.


La saison qui s’est ouverte en juillet 2013 marquait donc le retour en 1. Liga à la fois pour le club mais aussi pour le stade Dolícek, rénové et ne comportant plus que des places assises. Le premier match à domicile de la saison l’opposait à la modeste équipe de 1. FK Príbram qui, malgré ses quinze saisons dans l’élite, fait aussi souvent l’ascenseur que son hôte. De fait, il va sans dire que l’enjeu était déjà important pour les deux clubs: après deux journées (disputées à l’extérieur), la Bohemka avait encaissé la bagatelle de 10 buts: 5-0 chez le champion et titre Viktoria Plzen et une autre défaite plus étonnante 5-1 face à Zbrojovka Brno qui espère ne pas vivre aussi une fin de saison à suspense. Príbram se présentait légèrement dans de meilleures dispositions, avec un point grappillé face à Mladá Boleslav.

 


Photo : Michal Svácek.  


Stade ouvert

Lorsqu’on arrive au stade, on a plutôt l’impression de se présenter devant une enceinte de campagne en pleine ville, ouverte aux quatre vents: seules deux tribunes dont une seule est couverte se répondent, et l'on aperçoit la rue des deux côtés n’en comportant pas. Une boutique de fans archipleine, des bars assaillis participent d’une ambiance plutôt bon enfant.
 

Les tribunes, serties de vert et blanc, sont bien garnies pour fêter le retour en 1. Liga, mais on sent bien que les supporters redoutent une nouvelle déculottée. Les premières minutes confirment tout le mal que les résultats des premiers matches donnaient à penser de l’équipe: la fébrilité palpable des Bohemians laisse leurs adversaires maîtres du ballon et l’initiative dans le jeu. Le public est franchement inquiet mais continue de scander ses chants: après tout, on est mieux en 1. Liga et à Dolícek, autant en profiter. Comme le dira après le match Radek Šírl (passé par le Sparta et le Zenith Saint-Pétersbourg avec lequel il a gagné la Coupe de l'UEFA), l’ambiance a finalement permis aux Bohemians de se relâcher. La rencontre, qui évoque jusque-là le bas de tableau de Ligue 2 en France commence à partir de la vingtième minute à se débrider, avec des mouvements intéressants côté Bohemians, notamment des montées de l’arrière gauche Jakub Štochl.
 


"Mustapha, Mustapha !"

Le but survient alors quasiment sur la première action dangereuse des Bohemians: après un corner repoussé, Radek Šírl tergiverse sur le côté droit mais parvient à enrouler un centre que l’avant-centre sénégalais Moustapha Ndiaye semble légèrement effleurer. Si le but sera par la suite attribué au centreur, il est clair que c’est bien le jaillissement de l’ancien attaquant du Slovan Liberec (même pas dix-neuf ans) qui a trompé le gardien. Le public ne s’y trompe pas et commence à entonner des "Mustapha, Mustapha!", régulièrement repris jusqu’à la fin du match, alors qu’il s’agit simplement de sa seconde apparition sous le maillot vert et blanc. Le plus ancien joueur au club Josef Jindrišek fait le ménage au milieu et le score n’évolue plus jusqu’à la pause.
 

Dès le début de la seconde mi-temps, les locaux se recroquevillent et cèdent le ballon aux visiteurs qui n’en feront plus rien. Le public continue d’encourager des Bohemians sur la défensive et disposant du seul Ndiaye en pointe, précieux dans la conservation du ballon et acclamé à chaque prise de balle. Finalement, David Bartek élimine d’un double contact l’arrière droit et le défenseur central pour inscrire, d’un plat du pied à mi-hauteur, le deuxième but qui met un terme au suspense. Le public, resté longtemps après le coup de sifflet final, est remercié par les joueurs d’un plongeon et d’une ola dans laquelle Ndiaye figure en bonne place.
 

 


Photo : Bohemians Praha 1905 - PJml.  

La lutte pour le maintien sera longue, et il faudra, comme le dit Radek Šírl, "apprendre à jouer à l’extérieur de la même manière". Mais on sent bien que cette équipe composée de baroudeurs, de quelques fidèles, et d’un avant-centre prometteur aura surtout besoin de laisser peu de points en route au Dolícek. De toute évidence, ce n’est pas cette année que le club de Panenka retrouvera la C3, et les Verts ne risquent pas d'y croiser la Bohemka.
 

 

[1] Le nom du club n’est devenu Bohemians (de Bohême, la région de Prague) qu’en 1927, date à laquelle deux kangourous (aussitôt légués au zoo de Prague) sont offerts au club lors d’une tournée en Australie. Précision importante car il existe dans Prague même un autre club dénommé aussi Bohemians (mais du quartier Strížkov), certes au passé moins chargé mais qui a toutefois fait quelques apparitions en 1. Liga, même si ce second Bohemians végète plutôt en 2. Liga et en troisième division. Cette rivalité terminologique explique que certains supporters de la Bohemka (surnom des Bohemians 1905) arborent encore un t-shirt précisant qu’il n’existe "qu’un seul Bohemians". Lire "There's only one Bohemka".

 

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