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Jérôme Latta

 

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Les marris de l'an II

Blanc presque transparent

Rénovation et ouverture: le programme de Laurent Blanc fait consensus, mais l'état de grâce est fragile.
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S'il faut se réjouir d'un contexte qui permettra au nouveau sélectionneur français de travailler dans une sérénité maximale (compte tenu des circonstances), rien n'interdit d'observer avec quelque distance l'enthousiasme ambiant. Notamment parce que les médias spécialisés ont urgemment besoin que le public ait de nouveau foi en sa religion, se réconcilie avec les footballeurs (lire "Le come-back du joueur moyen") et se fédère de nouveau autour de l'équipe de France, principale église du football national.


Effet magique
On aurait d'ailleurs pu croire que Blanc guérissait la lèpre par imposition du mains, tant l'effet de sa nomination tint parfois de la magie. D'un coup de baguette, "main de fer, gant de velours" (eurosport.fr), celui dont L'Équipe Mag nous a narré samedi "l'enfance [de] président" restaura un esprit sain dans un groupe rajeuni et proprement rééduqué: "Laurent Blanc et son staff ont remis au goût du jour leur rôle d'éducateur pour en finir avec l'image de joueurs rois, entre petits rappels de règle de vie et recadrages" (lepoint.fr). Ce sujet très grolandais, diffusé lors de Téléfoot le 11 août dernier, ne lésine par sur son émerveillement.


Ce n'est donc pas l'heure de reprocher au nouvel élu d'appliquer des recettes un peu simplistes, comme l'interdiction des casques audio, la signature par les joueurs d'une énième charte "de savoir-vivre" (1) ou l'apprentissage de la Marseillaise (2). Ni d'invoquer des raisons un peu ésotériques pour justifier la préférence accordée aux mondialistes de l'étranger (qui auraient mieux tourné la page de Knysna – lire sur lemonde.fr). Retenons plutôt son intention de redonner aux joueurs le sens de la sélection, sans lui imputer ces accents de redressement moral, voire "identitaire", qu'exaltent certains commentateurs (cf. l'édito de Denis Chaumier dans France Football, organe sarkozyste méconnu, rapporté par Horsjeu.net).


De foot et d'eau claire
L'autre grand motif d'émerveillement pour les médias réside dans la "transparence" et la "cohérence" de son discours: Laurent Blanc joue le jeu en conférence de presse, fait le tour des chaînes, des stations et des titres de presse, répond aux questions, argumente, justifie ses options. Un vrai bonheur... même si le calme plat n'est pas un état soutenable pour la presse sportive.
Car gouverner, c'est choisir, et choisir, c'est éliminer. Ce qui suscite immanquablement des déceptions et des discussions. Heureusement, le Cévenol a donc "une ligne directrice", selon une expression très en vogue qui s'appuie beaucoup sur l'idée qu'auparavant, il n'y en avait pas. De ce fait, les options du nouveau sélectionneur sont à ce jour constatées sans être critiquées. Mais jouer la transparence peut jouer des tours: si Blanc peut se permettre d'enchanter les journalistes en "expliquant ses choix", il serait mal inspiré de croire que cela lui sera permis indéfiniment. Gageons que l'ancien entraîneur des Girondins va plutôt se rappeler qu'il parle couramment la langue de bois, et se replier sur une autre forme de transparence du discours.

blanc_conference2.jpg


Postes restants
En guise d'illustration, une controverse s'esquisse déjà sur le cas de Jérémy Toulalan, conséquence du choix affiché que les joueurs jouent en sélection "au même poste" qu'en club, ce qui présente l'avantage de mettre une sourdine sur les désidératas des joueurs, mais en l'occurrence élimine indirectement le néo-défenseur central lyonnais, jugé pas assez probant. Cruel, mais pas illégitime (3).
De la même façon, on peut remarquer que cette politique de spécialisation ne rend la polyvalence utile que pour les "remplaçants", et que son inconvénient majeur est qu'elle prive le sélectionneur de solutions en cas d'imprévus (absences, faits de jeu...) ou même pour composer des variantes tactiques. Et déjà, elle nécessite quelques contorsions autour du terme de "poste": par exemple, Franck Ribéry et Florent Malouda évoluent tous deux en position de milieu offensif gauche dans leur équipes respectives... Suggérant qu'ils pourraient tout de même être alignés, avec le Bavarois à droite, Blanc réduit opportunément le profil du poste à "milieu offensif".


Seuls les résultats...
Presque tous les entraîneurs renoncent à la sincérité de leur communication – pour se réfugier dans la langue de bois, le mutisme, le franc-parler sélectif ou les provocations – parce que cette sincérité les laisse à découvert si les choses tournent mal, et même avant qu'elles ne tournent mal. S'il déroge à ses règles, Laurent Blanc s'exposera ainsi à voir toutes ses contradictions relevées, avec plus au moins de bienveillance selon les résultats des Bleus. C'est encore en fonction de ceux-ci qu'on lui reprochera inversement, s'il suit étroitement sa ligne, de faire preuve de "rigidité". Inutile de lister toutes les critiques que peut potentiellement subir un sélectionneur: la liste devient infinie quand son équipe est en difficulté.

Alors on doit espérer que cette indulgence générale favorise une certaine euphorie sportive sur le terrain et qu'elle conjure les retournements d'opinion. Ce genre de scénario est hélas rendu plus improbable par des phases de qualification qui ont pris la tournure, depuis 1992, d'âpres combats dans lesquels les bons sentiments des uns et des autres sont de peu d'utilité.



(1) Selon lequipe.fr, il s'agirait de "participer aux séances photo, porter les tenues avec les logos des partenaires officiels, ne pas faire apparaître ses sponsors personnels et traverser la zone mixte après les matches". Curieuse éducation civique.
(2) Apprendre par chœur les paroles de l'hymne national sans connaître l'origine et le sens initial du chant révolutionnaire revient à exécuter un rituel dénué de sens, assez symptomatique de l'actuelle crispation nationaliste.
(3) Notons pour l'histoire que, le premier, Jean-Michel Aulas a ouvert le feu sur le sélectionneur.
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