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Jacques Besnard

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City gêne

Bienvenue au Nacional

Reportage – Pour l'exotisme, oubliez le trophée des champions à New York: on a testé pour vous la Supercupa roumaine à Bucarest.

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Comment apprécier à sa juste valeur un séjour de dix jours à travers la Transylvanie et la Roumanie sans se délecter d'un bon match de football roumain? D'accord, on aurait pu allégrement s'en passer, mais après avoir découvert le foot dans les années 90, en partie grâce aux frappes monumentales de George Hagi, la tentation était trop grande... Cluj-Napoca, le champion, défie le Dinamo Bucarest vainqueur de la coupe.

 

 

Terrains vagues et chiens errants

Bucarest, samedi 14 juillet 2012. Jour de fête nationale en France, soir de Supercoupe en Roumanie. En cette fin d'après-midi, les rues autour de l'Arena Nacional?, le stade flambant neuf de la capitale roumaine, ne respirent pas le soufre des grands soirs. Un gars de la sécurité nous le confirme, "Le stade ne sera pas plein". Après celle d'avoir parcouru près de deux kilomètres sous le cagnard, il s'agit de retirer les places achetées la veille sur un site Internet local... Direction, donc, le préfabriqué qui sert de billetterie. Petite complication, le gars qui la gère ne parle pas ou très peu anglais. "Go around", arrive-t-il quand même à nous faire comprendre sans trop se fouler.

 

 

Faire le tour du stade, d'accord, mais les grilles ne sont pas ouvertes. Pour nous rendre jusqu' à la tribune opposée, il faut déambuler à travers les pelouses roussies de stades de foot désaffectés, une casse auto, plusieurs barres d'immeuble de style soviétique et une ribambelle de voitures abandonnées. Le tout en prenant garde aux chiens errants [1]. Après une heure de marche, et plusieurs envies finalement réfrénées de faire marche arrière, nous voici, en sueur, devant l'autre billetterie du stade.

 

"Avez-vous le numéro de référence ?
- Je n'ai pas reçu de mail.
- C'est quoi votre nom ?
- Besnard.
- Je ne le trouve pas.
- "Je vais reprendre deux places dans ce cas. Voici ma carte.
- "On ne prend par la carte.
- (larmes)"

 

Vingt minutes plus tard et ces p... de billets enfin en main, on décide d'aller se jeter une ou deux Ursus, la bière locale (produite à Cluj) avec les supporters des deux clubs. Pas de chance, les magasins et bars aux alentours ont interdiction de vendre de l'alcool avant le match, contrairement aux bars à l'intérieur du stade... Bizarre. Il est désormais 20h45, le moment pour nous de prendre place au cœur du kop du Dinamo Bucarest.

 


Un club aux origines politiques

Autant la billetterie n'était pas au point, autant l'Arena Nacional a de la gueule. Le stade, inauguré lors du match contre les Bleus en septembre 2011 et qui a accueilli la finale 100% espagnole de l'Europa League, est loin de faire le plein: la presse annoncera un peu plus de 9.000 personnes, pour une enceinte de 55.000 places. Les autorités roumaines, dans le doute, ont fait les choses en grand: plusieurs camions anti-émeute, des gars habillés en tortue ninja sorti tout droit d'un mauvais nanar. On n'a même pas le droit de faire rentrer une vuvuzela. Encore un paradoxe puisqu'il n'y a pas de fouille à l'entrée... Comme prévu, les supporters du Dinamo sont chauds comme la braise. Pourtant, comme nous l'affirme notre voisin, Daniel Petrescu (cela ne s'invente pas), l'ambiance était "mieux avant". Depuis, la fédération a pris plusieurs mesures drastiques pour assurer la sécurité dans les stades. "L'interdiction des fumigènes reste en travers de la gorge de nombreux supporters". On comprend mieux, dès lors, les messages (FRF = mafia) taggués sur la route du stade.

 

 

À vingt-six ans, Dan Petrescu, arbitre en troisième division, est "depuis tout petit" et comme son père, un supporter absolu des chiens rouges du Dinamo. Ce club de Bucarest est, avec le Steaua son grand rival, le club le plus populaire du pays. Les Marele derby sont donc chaque année très chaud, "même s'il n'y a désormais plus trop de problèmes entre supporters". La rivalité, qui remonte à la création des deux clubs de la capitale (1947 pour le Steaua, 1948 pour le Dinamo) a été pourtant vive pendant très longtemps, en particulier durant la période communiste. Les deux clubs représentaient à l'époque chacun un organe politique. Quand le Steaua émanait du ministère de la Défense, le Dinamo, représentait celui de l'Intérieur. La concurrence sportive s'exacerbait donc à mesure que les luttes politiques faisaient rage.

 


La réussite du champion

Face à Cluj, la rivalité n'est bien évidemment pas la même. Le club du nord du pays n'a pas la même aura que ceux de Bucarest mais ces dernières années, depuis 2008, c'est Cluj qui a remporté le plus de titres nationaux (trois titres de champion, trois Coupes de Roumanie et deux Supercoupes). Le club transylvanien a même créé la surprise en 2008 en battant l'AS Roma au Stade olympique (1-2) pour son premier match de Ligue des champions.

 

Auteur d'une saison moyenne (cinquième l'an passé après avoir occupé la tête du championnat pendant très longtemps), le Dinamo entre très bien dans le match, notamment grâce à ses deux recrues sénégalaises omniprésentes au milieu de terrain: Boubacar Mansaly (formé à Saint-Étienne et recruté à Drancy) et Issa Ba (passé notamment par l'AJA et la Berrichonne). Ce dernier semble s'être refait une santé depuis son passage dans l'Hexagone. Les commentaires sur les forums auxerrois se souviennent, en effet, plus de son interview épique d'après-match contre Livourne en Europa League (le joueur ne savait pas qu'Auxerre était éliminé) que de ses qualités footballistiques.

 

 

Malgré plusieurs occasions pour le Dinamo, c'est le champion qui ouvre le score sur un contre et une frappe du nouvel arrivant portugais Diogo Valente (36e). Les supporters du Dinamo accusent le coup, jusqu'à ce que l'arbitre renvoie les deux équipes au vestiaire. On décide donc d'aller faire un tour pour se réhydrater (il fait plus de trente degrés) et de manger un bout ou plutôt un hot-dog dont la saucisse mesure bien, sans mentir, un bon trente centimètres... Le quart d'heure de pause nous permet également d'évoquer avec Daniel quelques anciennes gloires roumaines du championnat de France (Moldovan, Niculae and co). L'occasion aussi de vérifier la popularité des Canaris dans le pays. "Le FC Nantes était un très bon club. Ils doivent remonter en première division."

 


La même caisse que Christiano Ronaldo

Peu avant la mi-temps, les supporters du Dinamo ont scandé un nom – "Tucudean" – pour réclamer au coach italien Dario Bonetti son entrée en jeu. Inconnu au bataillon des néophytes du foot roumain que nous sommes, George Tucudean est pourtant célèbre en Roumanie puisqu'il est l'un des joueurs en devenir du pays. Sélectionné en équipe nationale Espoirs, George a pour le moment surtout fait la une des journaux pour son goût immodéré des voitures: Porsche, Ferrari, Audi R8 et comme Chrisiano Ronaldo une Lamborghini Aventador... Pas mal pour un gars qui gagne 36.000 euros par an.... "Son grand-père, un entrepreneur roumain, est très riche, confirme ainsi Daniel. La famille Tucudean avance même certains frais au club. George joue au football pour le plaisir."

 

Et il le fait même plutôt bien. Moins d'un quart d'heure après son entrée en jeu, Tucudean contrôle de la poitrine une longue transversale de son latéral gauche, et vient battre du droit Eduard Cornel Stancioiu le gardien adverse. Le virage rouge et blanc s'embrase alors d'autant plus que Cadú, le défenseur central et capitaine de Cluj, est expulsé quelques minutes plus tard. Après plusieurs situations chaudes de part et d'autre, le score à la fin du temps règlementaire est de 1-1.

 


Pas des petits joueurs

En Roumanie, contrairement à notre Trophée des champions, il y a des prolongations. On pensait à une blague au début, mais non. À une semaine du championnat et peu et en pleine préparation, les vingt-deux acteurs vont devoir enquiller cent vingt minutes de jeu alors que le mercure dépasse les trente degrés. Cela n'a pas le don de déranger Tucudean, très à l'aise, qui envoie un second missile en pleine lucarne pour ainsi donner l'avantage à son équipe à la 101e minute. Passé par tous les états lors du match (debout, assis, à genoux, les mains sur la tête, la tête entre les mains...), notre voisin de devant au physique de déménageur serre son fils dans les bras et entonne de plus belle des "Dinamo! Dinamo!" victorieux. C'est beau. Les carottes semblent en revanche cuites pour le CFR Cluj...

 

 

Et bien non, une minute plus tard, les champions en titre, héroïques, égalisent par le Grec Kapetanos, de la tête sur un centre au cordeau de Modou Sougou. Malgré plusieurs occasions pour le Dinamo et notamment un poteau, les deux équipes auront besoin des tirs aux buts pour se départager. À ce petit jeu, ce sont les joueurs du Dinamo qui seront les plus adroits puisque les protégés de Daniel l'emporteront 4 tirs aux buts à 2 au terme d'une rencontre très plaisante. Le retour à pied dans nos pénates le sera un peu moins. Après minuit, le samedi soir à Bucarest, il n'y a en effet plus de métro. Les supporters du Dinamo, les prostituées et les mecs louches sont restés en revanche éveillés tard dans la nuit.

 


[1] Héritage de l'ère Ceausescu, ils sont environ 50.000 quadrupèdes à Bucarest. Pour construire son palais, le dictateur avait ainsi rasé un sixième de la ville. Les familles expulsés durent partir parfois sans préavis en abandonnant leur animal.
 

Résumé du match (attention, vidéo accompagnée par de la dance roumaine).

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