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Christophe Zemmour

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Parfois en mauvaise posture, souvent survendu, toujours marketé, David Beckham a surtout réussi l'exploit de mener une vraie carrière de footballeur.

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David Beckham est un homme et un footballeur de contrastes, voire de paradoxes. Le joueur de devoir, qui mouille et salit le maillot, côtoie le people bling-bling et l'icône de la mode. L'orfèvre sur coup franc est à mille lieux du maladroit sur penalty. Le coéquipier qui commet des erreurs les reconnait et les rattrape. Le sportif professionnel, régulier et fair-play, a souvent été gêné par des blessures et a reçu pas moins de 130 cartons jaunes et 8 rouges. Joueur de champ anglais le plus capé de l'histoire, il est aussi le premier capitaine des Three Lions à avoir été expulsé [1]. Le spécialiste du couloir droit et du centre n'a jamais été un as du crochet, du débordement et de la pointe de vitesse. Le magnifique droitier a un piètre pied gauche. Le milieu de terrain polyvalent n'est pas complet. Le joueur décrié par ses coaches leur sauve la mise. Beckham est un homme qui part pour les États-Unis avec un contrat juteux, puis veut rester en Italie pour un challenge sportif plus relevé. L'enfant assidu à l'église se dit à moitié juif [2]. David n'est pas Goliath et la MLS n'est pas la NBA: y être champion ne signifie pas être le meilleur joueur du monde. Beckham ne l'a certainement jamais été, mais il n'en reste pas moins un joueur marquant de son époque, ainsi qu’un beau et brillant footballeur – dans tous les sens du terme.

 

 


Comment le footballeur devient concept

David Beckham nait le 2 mai 1975 à Londres et grandit près de White Hart Lane, stade des Tottenham Hotspurs. Pourtant, il est élevé dans le culte de Manchester United par ses parents [3]. Et même si son premier club est les Spurs, il rejoint les rangs de MU le jour de ses quatorze ans. Il fait ses débuts en professionnel avec Preston North End, où il est prêté durant la saison 1994/95, avant de retourner à Manchester en cours d'année. Il portera le maillot de l'équipe A pour la première fois en FA Cup, face à Leeds United. C'est dans cette compétition qu'il commence à se distinguer. Tout d'abord, en marquant lors de cette rencontre, ainsi que le but vainqueur face à Chelsea en demi-finale. L'année suivante, le club londonien est encore victime de Becks, et en finale face à Liverpool, il offre sur corner le but vainqueur à Eric Cantona. Mais c'est ce lob face à Wimbledon en août 1996, marqué du milieu de terrain, qui fait basculer la carrière de David Beckham et fait de lui un concept.

 

La gloire l'attend en 1999, lorsque Manchester United réalise le triplé Premier League-FA Cup-Ligue des champions. Face au Bayern, longtemps battu dans le jeu, comme le reste de son équipe, il est celui qui tire les corners à l'origine des buts de Sheringham et de Solskjaer, qui feront entrer le final de cette finale de C1 dans la légende. La suite sera marquée par des épisodes fâcheux: cette blessure au métatarse face au Depor qui a longtemps laissé planer le doute sur sa participation au Mondial 2002, et ce célèbre clash cramponneux avec Alex Ferguson en 2003 induisant des tensions au sein de l'équipe. Il fait cependant une entrée éclatante en quart de finale de C1 retour face au Real en inscrivant deux buts.

 


Leçon de paraboles

Il rejoint les Galactiques la saison suivante. Son adaptation est fulgurante, avec une reconversion au poste de milieu défensif rapide, bluffante et saluée par ses partenaires. Il inscrit 14 buts lors de ses 16 premiers matches. Le joueur semble franchir un palier, sans perdre son adresse dans le jeu long et les coups de pied arrêtés, malgré une concurrence dans ce domaine composée de Figo, Zidane et Roberto Carlos. En phase de poules de C1 à Marseille, il donne une leçon de paraboles au pays de l'hyperbole. Il inscrit en première période un coup franc et en seconde, il adresse à Figo un amour de passe lobée brossée depuis une position proche de son but, initiant la contre-attaque victorieuse. Vue depuis le Virage Nord du Stade Vélodrome, la trajectoire du ballon arrête le temps. David Beckham est un joueur qui s'observe au ralenti, libère les secondes et sait faire admirer ses coups de patte, sa technique de corps lors de la frappe et la courbure qu'il donne au ballon, faisant de lui un joueur à part dans l’histoire. On a souvent avancé le départ de Makelele pour expliquer la déroute des Galactiques face à l'AS Monaco, mais peu se souviennent ou utilisent l'argument de la suspension de Beckham lors de ce match retour dramatique pour le Real.

 

Après une saison 2004/05 moyenne, il est élu "meilleur joueur de la saison du Real Madrid" en 2005/06. Zidane lui rend hommage la veille de son dernier match à Santiago Bernabeu: "Merci, ce fut un honneur de jouer avec toi durant ces trois ans". Lorsque Beckham raconte cette anecdote [4], c'est avec des étoiles plein les yeux. Sa réaction de fan devant la reconnaissance de son héros est jolie à voir.

 


L'erreur de Capello

Sa dernière année au Real est peut-être la plus marquante, et celle qui illustre le mieux le Beckham revanchard. Il perd sa place de titulaire à la suite d'une blessure et a du mal à convaincre Capello lors de ses entrées en jeu. Il accumule aussi les cartons jaunes qui lui valent ses suspensions régulières. Le fond est atteint lorsqu'une mauvaise prestation face à La Corogne le pousse à vouloir partir. Quand il annonce son départ pour les LA Galaxy, Fabio Capello l’exclut de l'équipe. Beckham ne fait que s'entraîner avec ses coéquipiers, jusqu'à ce que Raul et Guti poussent le coach italien à le réintégrer. Il marque lors de son retour et sauve la tête de son entraîneur, mais prend un carton qui le suspend à nouveau. Qu'à cela ne tienne: il réalise une très bonne fin de saison et sera un grand artisan du trentième titre madrilène. Capello avouera s’être trompé en écartant Beckham.

 

Non qualifié pour les play-offs du championnat américain trois années de suite, il s'entraîne avec Arsenal et effectue des piges pour le Milan AC pour s’entretenir physiquement. Il se plait tellement lors de sa première période lombarde qu'il demande à être transféré (son prêt est finalement prolongé jusqu'en juin 2009). Il est l'homme qui dépanne, baladé un peu à tous les postes du milieu de terrain. L'année suivante, son souhait de participer au Mondial 2010 est brisé par une blessure au tendon d'Achille. Cependant, il tient à intégrer le staff de l'équipe nationale anglaise, prouvant une nouvelle fois son implication dans le collectif [5]. Il va au bout de son dernier projet sportif, en remportant enfin la MLS en novembre 2011. Hormis l'Italie, il a été sacré champion dans tous les pays où il a évolué. S’il signe au PSG, il le sera peut-être en France, contrée qui fut le théâtre de son premier gros déboire en sélection nationale, mais aussi de sa centième sélection.

 

 


L'inspiration par David

En ce 30 juin 1998, alors qu’il vient de subir une faute, David Beckham décoche un coup de pied à Diego Simeone. Il est exclu et ses coéquipiers réduits à dix se font éliminer aux tirs au but. La presse se déchaîne contre ce garçon qui avait fait un joli retour en inscrivant un coup franc capital face à la Colombie, après avoir été écarté par un Glenn Hoddle qui ne le trouvait pas assez impliqué. Beckham mange son pain noir et répond présent lors des deux premiers matches de l’Euro 2000, en faisant l’offrande de tous les buts de son équipe, depuis son aile droite ou sur coup franc. Et il est au rendez-vous de la qualification pour les premier et second tours du Mondial 2002, sur un coup franc pleine lucarne face à la Grèce en éliminatoires et un penalty contre l’Argentine en poules, tenant là une revanche sur 1998.

 

En ouverture de l’Euro 2004, Beckham vit un match qui montre peut-être ce qui le sépare du grand joueur de niveau international. Passeur décisif pour Lampard, il voit son penalty du break repoussé par Barthez, tandis que Zidane réalise un doublé en fin de match qui donne la victoire à la France. En quarts face au Portugal, il rate son tir au but. Lors du Mondial 2006, il est impliqué dans tous les buts des victoires anglaises, mais pleure sur le banc lorsqu’il est contraint de sortir sur blessure face au Portugal. Il déclarera avec émotion, après la compétition, qu’il est temps pour lui de laisser le brassard – d'autant que le nouveau manager Steve McClaren compte sur d’autres joueurs, du moins dans un premier temps. Mais il rappelle Beckham pour un match couperet en Estonie, durant lequel il offre deux buts. La sélection nationale anglaise a ensuite eu les résultats décevants qu’on lui connaît et le roi David n’a plus trop brillé sous ses couleurs.

 

Beckham est en fin de contrat, mais la fin de son exceptionnelle carrière s'écrira peut-être en Europe. Il ne devra pas se tromper: sa trajectoire sportive s'est parfois éloignée des sommets, sans jamais perdre en dignité sur le terrain. À Paris ou ailleurs, il pourra être une icône, une égérie, un people, un produit ou une marque. Mais il devra rester un footballeur.


[1] Face à l’Autriche, en octobre 2005.
[2] Sa grand-mère maternelle était juive, ce qui techniquement parlant aux yeux de la communauté, fait de lui un membre à part entière.
[3] Dont une mère coiffeuse de profession, ce qui peut expliquer sa passion pour la chose capillaire.
[4] Dans le film Zinédine Zidane, le dernier match.
[5] Initiative qui peut contraster avec celle de Thierry Henry qui aurait tenu absolument à faire partie de la sélection française en tant que joueur, malgré le souhait initial de Raymond Domenech de ne pas le retenir.


Lire aussi :
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