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Christophe Kuchly


Dé-Manager, qui parle dans Vu du Banc et écrit pour l'AFP et dans La Voix du Nord.


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Barça : sous le régime de Tito

Le début de saison est réussi, mais Barcelone n’est pas encore la machine annoncée. S’il veut tout gagner, Tito Vilanova a quelques problèmes à régler...

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Six victoires en six matches de championnat, il y a pire bilan pour un nouvel entraîneur. Au-delà de ce bilan flatteur, Barcelone a pourtant de quoi laisser sceptique. Plus que la manière, c’est le déroulement des rencontres qui retient l’attention.


La manière n’y est pas

On avait souvenir d’une machine implacable, étouffant son adversaire pour rapidement prendre l’avantage, et qui gérait ensuite plus ou moins tranquillement son affaire en accélérant le jeu par intermittence. On retrouve une formation friable, obligée de puiser dans ses réserves pour faire la décision, et qui ne maîtrise finalement pas tant que cela son football. Pas forcément rassurant, alors que se profile un Clasico qui avait abouti sur une vraie déception en Super Coupe fin août.

 


Photo Arxiu / FCB

 

Une fois, on peut parler de chance ou de coup du sort. Mais quand l’histoire se répète, il y a forcément quelque chose de plus profond qui explique la tendance. En ce début de saison, le Barca marque certes beaucoup… mais presque tout le temps dans les dernières minutes. En Ligue des champions face à Moscou, Messi a transformé une défaite en victoire aux 72e et 80e. Un scénario presque identique à ce qui s’était passé quelques semaines auparavant face à Osasuna. Menés 1-0, les Catalans avaient déjà bénéficié d’un doublé tardif de l’Argentin (74e et 80e). Il y a dix jours, c’est Grenade qui tenait bon le nul avant de plier à la 87e sur une frappe lumineuse de Xavi. Ce week-end enfin, il a fallu attendre la 89e et la 93e pour voir Fabregas et Villa assommer Séville. Les optimistes loueront un mental d’acier, les autres s’inquièteront de voir une marge à ce point réduite. La vérité, comme toujours, est au milieu. Mais le groupe, que l’on pourrait presque imaginer en autogestion tant il se connaît, tarde à progresser.

 

 


Une défense trop friable

Plus que les chiffres, ce sont les impressions qui inquiètent. Si Tito Vilanova a renoué avec le 4-3-3 de 2010/11, l’organisation défensive n’est plus du tout la même. À l’époque, si Daniel Alves était déjà bien installé à droite, c’est Éric Abidal qui occupait le côté gauche. En phase de possession, les montées du Brésilien étaient équilibrées par Abidal, très rarement porté vers l’avant. Ce qui voulait dire un 3-4-3 ou 3-3-4, avec au moins un défenseur de métier en couverture. Les problèmes de santé d’Abidal, qui aurait d’ailleurs pu être délogé à la régulière, ont incité Barcelone à recruter... Alba, joueur presque aussi offensif qu’Alves, et tout autant qu’Adriano, l’autre défenseur gauche du club.

 

 

Conséquence directe, les deux latéraux sont attirés par le jeu offensif. Et s’ils se montrent dangereux pour l’adversaire, ils le sont aussi pour leur propre équipe. Pas avares en efforts de repli, ils laissent pourtant très souvent les défenseurs centraux seuls lors des phases offensives. Ce qui ne peut évidemment pas toujours être compensé par des retours rapides pour rattraper les ailiers partis dans leur dos. Quand on sait qu’en l’absence de Piqué et Puyol, la charnière est composée de deux milieux récupérateurs de formation, Song et Mascherano, cela relativise la solidité de l’édifice. Une perte de balle à la relance, et le duo est livré à lui-même. Le but de Negredo samedi en est la parfaite illustration. À moins d’être face à une équipe qui aligne une attaque De Melo-Brandao à la vitesse de pointe négative, ce 2-4-4 ou assimilé est extrêmement risqué.

 

 


Le problème Fabregas

Offensivement, la facilité à marquer n’est pas encore complètement revenue. Barcelone se procure encore des occasions, mais peut passer plusieurs dizaines de minutes sans être dangereux. La faute à deux aspects du jeu en chantier, et dont les ratés reposent beaucoup sur des individualités. Sur les côtés d’abord, Alexis Sanchez peine à peser. Son manque de profondeur n’est que trop peu compensé par des dribbles efficaces, et son volume physique n’est pas à la hauteur de ses coéquipiers. Sur l’autre aile, Pedro travaille beaucoup mais peine à être décisif, son énorme qualité de finition pour un "avaleur de kilomètres" n’étant utile que s’il est en position favorable.

 

Mais celui qui inquiète peut-être le plus, ou laisse en tout cas perplexe, est Cesc Fabregas. Il n’est évidemment pas un mauvais joueur, sait se montrer déterminant avec des passes décisives ou des buts, mais son positionnement nuit au jeu collectif. Volonté de Tito Vilanova ou difficulté à retrouver un rôle au cœur du jeu? Le successeur désigné de Xavi s’éloigne de plus en plus du jeu de son aîné. À la manière de ce qu’il fait parfois en sélection – et faisait aussi l’an dernier –, il évolue en faux numéro 9. Un poste d’autant plus étrange que Messi est souvent affublé de ce qualificatif d’attaquant qui n’en est pas un. En pratique, Messi dézone totalement, encore plus qu’avant, alors que Fabregas sert de point d’ancrage avancé. L’Argentin décroche parfois très bas au milieu, et seuls Xavi et Busquets alimentent le jeu sans l’arrière-pensée de devoir être à la conclusion des actions. Un rôle qui force aussi Busquets à ne pas se positionner trop bas, et donc à rarement compenser les montées des latéraux en redescendant pour faire une défense à trois. Fabregas vit ce que Trezeguet a souvent expérimenté en équipe de France: un placement avancé ne sert que si le ballon ne se perd pas en route. Pour un attaquant, cela passe encore, pour un milieu créateur, qui devrait se charger du transport, c’est plus embêtant.

 

 


L’atout fraîcheur

Si les fins de parties sont aussi folles, le mérite en revient en grande partie à Tito Vilanova. Guardiola était un maître tacticien, mais son coaching très prévisible laissait souvent perplexe. Plutôt que de changer le style de jeu de l’équipe, Pep préférait faire entrer des profils similaires ayant pour seul avantage leur fraîcheur. À l’inverse, Tito aime bousculer l’adversaire en lui offrant des problèmes totalement différents en l’espace de quelques minutes. Le pur ailier de débordement Cristian Tello se voit offrir du temps de jeu, le buteur Villa entre en jeu pour mettre au fond les ballons qui trainent, Thiago fluidifie les transmissions offensives si Busquets n’y arrive pas… Les solutions ne sont pas multiples, mais les remplaçants ont des styles de jeu que n’ont pas les titulaires, et le technicien catalan n’hésite pas à faire ses trois changements assez vite.

 

Là aussi pourtant, il y a matière à débat. Si les choix faits en cours de match donnent la victoire, est-ce parce que ceux faits au début n’étaient pas assez bons? Raisonnement alambiqué, mais pertinent sur le long terme. Barcelone s’est créé une identité par l’action et non la réaction, et sa force était d’avoir créé un modèle apparemment trop fort pour avoir à se soucier de la réponse apportée. Force est de constater que cela n’est plus, ou pas encore vrai. Faut-il s’inquiéter pour autant? Les trophées se gagnent au printemps, à condition de ne pas avoir hypothéqué ses chances avant. Vainqueur puis loser magnifique, Barcelone serait sans doute prêt à troquer quelques-uns des nombreux adjectifs laudatifs qui lui sont sans cesse affublés contre quelques objets à mettre dans l’armoire à trophées.
 

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