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Paul Brown

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Finale 1930 : les balles du match

When Saturday Comes – Lors de la première finale de la Coupe du monde, en 1930 à Montevideo, un seul ballon fut utilisé… ou bien deux? Le choix a en tout cas fait l'objet d'une dispute entre l'Uruguay et l'Argentine. 

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Extrait du numéro 376 de
When Saturday Comes. Titre original : "Hell for Leather", traduction La menace Chantôme.

 

* * *

 

La finale de la Coupe du monde 2018 sera jouée avec l’Adidas Telstar 18, le tout dernier ballon officiel du tournoi, mais aussi le premier à disposer d’une puce NFC embarquée permettant d’interagir avec grâce à un smartphone.

 

Beaucoup de chemin a été parcouru depuis la première finale de 1930 en Uruguay, une édition sans ballon officiel – ce dernier ne faisant l’objet d’aucune règle en matière de taille ou de poids, et sur lequel les hôtes et leurs adversaires argentins ont eu tout le mal du monde à se mettre d’accord. D’ailleurs, quatre-vingt-huit ans plus tard, on ne sait toujours pas avec certitude quel ballon a été utilisé lors de ce match.

 


Ballon "argentin" de la finale, exposé au National Museum of Football de Manchester.

 

 

À chacun son ballon

La rencontre se déroule le 30 juillet 1930 avec plus de 90.000 spectateurs dans l’enceinte de l’Estadio Centenario de Montevideo. L’ambiance est extrêmement tendue, des gardes armés de fusils à baïonnettes ayant été disposés tout autour du terrain. L’animosité entre les deux pays a atteint un point critique, alimentée tout au long de la compétition par des articles provocateurs dans la presse. Des joueurs feraient même l’objet de menaces de mort, et des rumeurs de spectateurs armés circulent à l’approche du match.

 

Rien d’étonnant, donc, à ce que le désaccord concernant le ballon exacerbe toute cette tension. Avant le tournoi, il avait été convenu que les deux équipes pourraient jouer leurs rencontres avec leur propre ballon, mais cet accord toucha logiquement ses limites lors de leur confrontation. Les deux ballons sont faits de cuir et dotés de lacets. Le modèle uruguayen est un "T-shape" ("T" comme la forme des onze panneaux de cuir assemblés dont il était constitué). Bien que les règles du tournoi interdisaient toute marque visible, on pense aujourd'hui que c'était un modèle de la marque anglaise Wembley, fabriqué par J Salter & Son à Aldershot.

 

Le ballon argentin, plus petit et plus léger, est plus traditionnel avec ses douze bandes rectangulaires, et connu là-bas sous le nom de Tiento ("Toucher"). Il s’agit en réalité d’un modèle de la marque Players importé d’Écosse – deux nations de Grande-Bretagne sont donc également représentées à l’occasion de cette première finale de Coupe du monde.

 

 Ballon "uruguayen" de la finale, exposé au National Museum of Football de Manchester.
 

 

À pile ou face

Quant à l’arbitre, un grand Belge de trente-neuf ans dénommé John Langenus, il officie en chemise, cravate et "plus-fours", ce fameux pantalon tombant de quatre pouces sous le genou. Bien qu’ayant échoué à son premier examen, cet autodidacte des Lois du jeu avait su démontrer sa force de caractère en match, en gérant notamment une invasion de terrain lors de la victoire de l’Uruguay contre le Pérou en match d’ouverture, puis une bagarre générale lors de la victoire de l’Argentine en quarts contre le Chili.

 

À son arrivée sur la pelouse bouillonnante du Centenario pour la finale, il porte avec lui les ballons des deux équipes. "L’extraordinaire hostilité entre les deux pays s’est révélée au grand jour au moment du choix du ballon", raconte-t-il dans ses mémoires. "Chacune des deux équipes a apporté le sien et exigé qu’il soit utilisé. C’est ainsi que je me suis retrouvé avec deux ballons sous les bras. Tout cela s’est décidé à pile ou face." Ce tirage au sort est remporté par l’Argentine, et le coup d’envoi de la finale de la Coupe du monde de 1930 est donné avec leur ballon – le Tiento.

 

Cependant, bien que l’arbitre ait su régler cette question précise, la tension reste palpable. Sa décision de valider le second but argentin, considéré comme hors-jeu par leurs adversaires, est d’ailleurs particulièrement contestée. Mais le retour au score de l’Uruguay en seconde période et sa victoire finale suffisent à apaiser un public local en liesse.

 

 

Changement à la pause ?

À l’entendre, les préoccupations relatives à la sécurité de l’événement n’auraient été qu’une tempête dans un verre d’eau. "De temps en temps, on entendait ce qui paraissait être la détonation d’un révolver, mais il s’agissait juste de pétards." Au coup de sifflet final, John Langenus est néanmoins escorté par la police pour lui permettre de monter sur le premier bateau en partance pour l’Europe. Malgré cela, près d’un siècle plus tard, un élément de controverse subsiste.

 

À en croire de nombreuses sources actuelles, le ballon utilisé en première période fut le ballon argentin, et en seconde, le ballon uruguayen. Les résultats des deux mi-temps sont d’ailleurs assez cocasses: l’Albiceleste remporte la première par 2 buts à 1, tandis que la Celeste finit par l’emporter 4 buts à 2 en seconde. Pourtant, aucun média de l’époque – y compris ceux des deux pays concernés – ne vient confirmer cette histoire de changement de ballon, pas même John Langenus lui-même. Des photos semblent d’ailleurs montrer qu’en réalité, le Tiento a été utilisé durant l’ensemble de la rencontre.

 

Enfin, lorsque ce dernier fut mis aux enchères par Bonhams en 2003, on pouvait même voir dans les informations relatives à sa provenance qu’il avait été offert à Juan Peregrino par ses coéquipiers, à la suite du coup de sifflet final, en hommage à son doublé inscrit en demi-finale – et pour le consoler de n’avoir pas pu participer au dernier match pour cause de blessure. Aujourd’hui, ce ballon, vraisemblablement le seul et unique à avoir été utilisé pour la première finale de la Coupe du monde, est exposé au Musée national du football à Manchester.

 

 

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