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Julien Momont

 

Journaliste SFR Sport. Membre encarté des Dé-Managers


@JulienMomont


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Ballon d’Or 2015 : copinage et préférences nationale et continentale ?

Que se cache-t-il derrière les 498 votes du Ballon d’Or 2015? Réponse avec une analyse minutieuse, statistique et beaucoup trop sérieuse.

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Observations générales

• Contrairement aux années précédentes, aucun vote "invalide" n’est à recenser.

 

• 162 capitaines, 165 sélectionneurs et 171 journalistes ont voté. Le règlement exigeant que chaque corps électoral ait le même poids dans le total final, le vote individuel d’un journaliste pèse donc relativement moins que le vote d’un capitaine et que celui d'un sélectionneur. Après pondération, les neuf points attribués par un capitaine valent en réalité l’équivalent de 9,495 (coefficient de 1,055) dans le total, contre 9,324 pour les sélectionneurs (coefficient de 1,036) et 9 pour les journalistes (coefficient de 1).

 

• 117 Africains, 154 Européens, 98 Américains et 129 Asiatiques et Océaniens ont voté. En rapportant ce nombre à la part de capitaines, de sélectionneurs et de médias de chaque continent, l’Afrique pèse pour 23,45% du total (1.082,88 points pondérés), l’Europe pour 30,92% (1.427,83 points pondérés), l’Amérique pour 19,68% (908,89 points pondérés) et l’Asie/Océanie pour 25,94% (1.197,85 points pondérés). L’Europe a donc eu l’impact le plus important sur le vote, tandis que le continent américain a eu l’impact le plus faible.

 

 

• Le taux de participation le plus élevé est de 96,85% pour les Européens (154 sur 159 possibles), contre seulement 77,24% pour les Asiatiques/Océaniens (129 sur 167 possibles, excluant les deux fédérations suspendues pour ingérence politique, l’Indonésie et le Koweït, dont seuls les journalistes ont été autorisés à voter), 72,22% pour les Africains (117 sur 162 possibles) et 72,59% pour les Américains (98 sur 135 possibles). De quoi renforcer le caractère très européen du Ballon d’Or.

 

 

• Selon la Gazzetta dello Sport et le Corriere dello Sport, la fédération italienne aurait demandé à Antonio Conte et Gianluigi Buffon de ne pas participer en protestation à l’absence dans la liste du gardien de la Juve. Iker Casillas n’aurait lui pas pu voter, la faute à la fédération espagnole qui ne lui aurait envoyé le bulletin de vote que la veille de la clôture du scrutin.

 

• Voici les pays dont ni le sélectionneur, ni le capitaine, ni le journaliste n’ont pris part au scrutin: les Comores, la Guinée Équatoriale, la Centrafrique, la Barbade, Sainte-Lucie, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Saint-Kitts-et-Nevis, Taïwan, la Corée du Nord, le Timor, la Papouasie-Nouvelle-Guinée et le Tonga.

 

• Si vous voulez vous amuser avec nous, ou même, soyons fou, vérifier tous nos calculs, vous trouverez le détail des votes ici

 

 

 

Le vote de chaque corps électoral

 

Les journalistes ont largement plébiscité Lionel Messi, avec 137 premières places sur 171 possibles. C’est auprès de ces électeurs que l’Argentin réalise son meilleur score. C’est aussi ce corps électoral dont les votes sont les plus concentrés: cinq joueurs (Benzema, Rakitic, Robben et De Bruyne) n’ont reçu aucune voix, tandis que quatre autres (Bale, Kroos, Neuer et Rodriguez) ont reçu deux points ou moins. Chez les sélectionneurs et les capitaines, les vingt-trois nominés ont tous été cités au moins une fois.

 

 

 

La répartition des voix de Lionel Messi

 

 

Lionel Messi a obtenu 553 points des capitaines, 558 des sélectionneurs et 746 des journalistes. Mais il faut les pondérer, ce qui donne: 583,415 points des capitaines (30,58% de son total), 578,088 points des sélectionneurs (30,31%) et 746 points des journalistes (39,11%). Au total, Lionel Messi a obtenu 1.907,503 points pondérés sur 4.617 possibles, ce qui nous permet d’atteindre les 41,3% de voix du résultat final. La différence est toutefois minime (sans pondération, il a obtenu 1.857 points sur 4.482 possibles, soit 41,4% des suffrages).

 

 

Quelques chiffres en vrac, pour finir, sur le "vote Messi" :
• 85,3% des votants ont voté pour Messi.
• 64% des votants ont placé Messi en première position.
• 15,7% des votants ont placé Messi en deuxième position.
• 5,6% des votants ont placé Messi en troisième position.

 

 

 

Les copains d'abord ?

Au total, huit clubs étaient représentés parmi les vingt-trois nominés: Arsenal, le FC Barcelone, le Bayern Munich, Chelsea, la Juventus Turin, Manchester City, le Paris Saint-Germain et le Real Madrid. Parmi les joueurs en lice, seul Kevin de Bruyne a changé de club à l’intersaison, passant de Wolfsbourg à Manchester City.

 

Sur les 162 capitaines qui ont voté pour le Ballon d’Or 2015, 27 sont ou ont été coéquipier avec un joueur nominé. Ce nombre aurait pu grimper à 28 avec Christian Fuchs, qui est arrivé à Schalke 04 cinq jours après le départ de Manuel Neuer pour le Bayern Munich, le 1er juin 2011. Cela n’a pas empêché le capitaine autrichien d’avoir placé le portier allemand en première position dans son vote, mais il ne peut entrer dans cette catégorie "copinage" en raison de ce décalage temporel.

 

 

Ils y ont cédé

Sans faire de procès d’intention, et en ayant conscience de l’importance de liens potentiellement développés entre coéquipiers au fil des années, certains votes ne laissent aucune place au doute: les copains ont été privilégiés. Huit joueurs ont été rattrapés par notre patrouille, dont les trois finalistes, Lionel Messi, Cristiano Ronaldo et Neymar, qui ont voté pour trois de leurs coéquipiers actuels. Le Brésilien avait beau déclarer, avant la cérémonie, que Cristiano Ronaldo et Lionel Messi étaient les deux meilleurs joueurs du monde, le Portugais ne figure pas dans son vote…

 

 

À noter que Florentin Pogba, qui votait en tant que capitaine de la Guinée, n’a pas cité son frère Paul.

 

Pondéré, ce biais avéré représente 1,6% du résultat total.

 

Ils y ont peut-être cédé… ou pas

Pour ces neuf capitaines de sélection, le doute est permis: s’ils ont cité certains de leurs anciens coéquipiers, ils l’ont fait à des places raisonnables et crédibles. Vous avez eu chaud:
Petr Cech, qui ne cite qu'Eden Hazard, son ancien coéquipier à Chelsea, en troisième position, et omet son coéquipier actuel Alexis Sanchez.
Daniel Agger, ancien coéquipier de Luis Suarez et Javier Mascherano à Liverpool, qui place seulement l'Uruguayen, en troisième position qui plus est.
Wayne Rooney, qui a voté pour son ancien coéquipier à Manchester United, Cristiano Ronaldo, en troisième position.
Branislav Ivanovic, qui cite certes son coéquipier à Chelsea, Eden Hazard, mais en deuxième position. Il passe tout juste le cut.
Zlatan Ibrahimovic, qui nomme certes Lionel Messi, son ancien coéquipier au Barça, en première position, mais il est loin d'être le seul...
Anatoli Tymoshchuk, ancien joueur du Bayern Munich, qui place Thomas Müller à une troisième place défendable.
Gervinho, sacré champion de France avec Eden Hazard à Lille, qui place le Belge en troisième position.
Niklas Moisander, ancien partenaire de Zlatan Ibrahimovic (même si le Finlandais n'avait alors pas joué en équipe première) et de Luis Suarez à l'Ajax, ne cite que le Suédois, en troisième position.
Martin Skrtel, dans le même cas de figure que Daniel Agger, vote pour Luis Suarez en deuxième place, ce qui peut se comprendre.

 

Ils n’y ont pas cédé

Ils sont les dix incorruptibles de ce scrutin. Même si vous étiez leur ami, ils ne voteraient pas pour vous à Danse avec les Stars si vous ne le méritiez pas. Leur éthique peut être vue comme de l’ingratitude, mais ils n’en ont rien à faire. Au moins, ils peuvent se regarder dans une glace. On félicite:
Edin Dzeko, ancien joueur de Manchester City, qui ne cite ni Yaya Touré, ni Sergio Agüero.
Arjen Robben, joueur du Bayern Munich, qui n'a voté pour aucun Bavarois.
Henrikh Mkhitaryan, l'ancien coéquipier de Robert Lewandowski au Borussia Dortmund, qui ne l'a pas inclus dans son vote.
Stéphane Mbia, qui tombe plutôt dans la catégorie "préférence continentale" (voir plus loin) avec Yaya Touré en 1., mais qui n'a pas voté pour son ancien partenaire à Séville, Ivan Rakitic.
Hossam Ghaly, l'Égyptien, qui n'a pas cité Gareth Bale, son ancien coéquipier à Tottenham.
Hugo Lloris, qui n'a octroyé aucun point à Karim Benzema, cotoyé à Lyon.
Asamoah Gyan, ancien coéquipier d'Alexis Sanchez à l'Udinese, qui lui a préféré Messi, Neymar et CR7.
Mirko Vucinic, qui a joué avec Paul Pogba et Arturo Vidal à la Juve mais ne les a pas choisis.
Robbie Keane, qui a vu Gareth Bale éclore à Tottenham mais n'a pas voté pour lui.
Gökhan Inler, lui aussi ancien coéquipier d'Alexis Sanchez à l'Udinese mais qui a résisté à la tentation du copinage.

 

 

 

Préférence continentale

Coup de bol pour les Asiatiques et les Océaniens: comme ils ne sont pas représentés parmi les nominés, ils sont au-dessus de tous soupçons. Pour le reste, et malgré la logique géographique évidemment subjective de la FIFA (et sans tenir compte des sélectionneurs travaillant sur un continent autre que celui de leur origine, pour donner la prime à la proximité géographique réelle sur cas précis), certains faits sont troublants…

 

 

Le cas africain est ici le plus parlant. Yaya Touré (12e au classement général avec 0,89% des voix) obtient quinze points (non pondérés) cumulés en Amérique, Asie-Océanie et Europe, il en obtient vingt-cinq rien qu’en Afrique. Sans prétendre qu’il ne mérite pas ce score (après tout, des électeurs non africains ont voté pour lui), les chiffres attirent l’attention.

 

Treize électeurs (cinq capitaines, six sélectionneurs, deux journalistes) sur dix-huit ayant cité Yaya Touré sont Africains, soit 72%. Le joueur de Manchester City obtient 65,5% de ses points grâce aux électeurs africains et se classe quatrième sur son continent. Pour autant, ce biais n’est que marginal, puisque seuls treize des cent-dix-sept votants africains ont cité Yaya Touré, soit 11,11%. À l’échelle globale du vote, et pondéré avec les coefficients de vote pour les capitaines, sélectionneurs et journalistes (Yaya Touré obtient 25,855 points pondérés), le "biais africain" se limite à 0,56%. Si on le limite aux cas où Yaya Touré est classé en première position (trois pour des électeurs africains), ce qui semble exagéré compte tenu de sa saison, le ratio chute à 0,33%.

 

Autre exemple intéressant: celui de l’Amérique. On recense treize triplés 100% américains sur le continent, sur 98 votants (soit 13%), contre quatre en Asie/Océanie (3%), deux en Afrique (1,7%) et sept en Europe (4,5%). Un cas exacerbé par plusieurs cas de préférence nationale que nous étudierons dans la partie suivante. Il n’y a par ailleurs que trois cas de vote américain sans aucun Américain, dont les deux "copinages" de James Rodriguez et Claudio Pizarro, le troisième étant le choix du sélectionneur costaricien Oscar Ramirez (1. Iniesta 2. Müller 3. Cristiano Ronaldo).

 

 

De quoi, en tout cas, alimenter la thèse de l’importance de ce facteur, au moins dans l’attachement ou dans la considération des accomplissements d’un joueur. Pour autant, les exemples Alexis Sanchez et Arturo Vidal, vainqueurs de la Copa América avec le Chili l’été dernier, semblent démentir cet état de fait: ils obtiennent respectivement leur meilleur score en Asie (2,2% des voix asiatiques non pondérées) et en Afrique (0,8%).

 

 

 

Préférence nationale

Seize nationalités étaient représentées parmi les vingt-trois nominés: 16 nationalités représentées : argentine (x3), chilienne (x2), française (x2), galloise (x1), belge (x2), suédoise (x1), espagnole (x1), croate (x1), néerlandaise (x1), portugaise (x1), brésilienne (x1), ivoirienne (x1), allemande (x3), colombienne (x1), polonaise (x1), uruguayenne (x1).

 

En écartant les abstentionnistes, mais en incluant les sélectionneurs originaires de ces nations en exercice à l’étranger et ayant voté (37, dont huit Français), l’échantillon concerné par une éventuelle préférence nationale est de 80 électeurs. 40 de ces 80 ont voté pour un joueur d'une même nationalité qu'eux, auxquels on peut ajouter le sélectionneur ivoirien Michel Dussuyer, qui a voté pour Yaya Touré en troisième position (deux autres sélectionneurs étrangers, le "Chilien" Jorge Sampaoli et le "Colombien" Jose Pekerman, ont voté à la fois pour un joueur de leur nationalité et pour deux et un joueur de leur propre sélection). 50% de l'échantillon peut donc être soupçonné de préférence nationale.

 

Mais avant de pointer du doigt qui que ce soit, il faut écarter les votes qui semblent néanmoins raisonnables, au regard du classement final. Une troisième place est ainsi plus "acceptable" pour certains joueurs peu cités.

 

Qu'est-ce qu'on ne ferait pas pour la gloire de la nation! Ou, dans certains cas, pour ne pas froisser l'égo surdimensionné de joueurs dont on espère qu'ils vont nous faire gagner l'Euro 2016 l'été prochain, ou la Coupe du monde 2018... Voici donc les seize cas les plus flagrants de préférence nationale. On y retrouve quelques personnalités marquantes…

 

 

Les champions restent les Gallois, dont seul le journaliste n'a pas cité Gareth Bale en première position, et qui ont bénéficié du renfort bienveillant de Drew Sherman, sélectionneur des Îles Cook. Les Belges ne sont pas mal non plus, Vincent Kompany et Marc Wilmots plaçant chacun leurs deux représentants nominés, Eden Hazard et Kevin de Bruyne. Ce "biais national" évident représente 103,639 points pondérés, soit tout de même 2,2% du résultat total du vote.

 

25 autres ont cité un ou plusieurs joueurs de la même nationalité qu'eux, mais il n'est pas possible d'en tirer un motif de vote déterminant. Après tout, les Argentins ont quand même le droit de placer Messi en première position, eux aussi... 39 capitaines, sélectionneurs et journalistes sont en revanche au-dessus de tout soupçon, puisqu'ils n'ont cité aucun de leurs compatriotes.

 

 

 

Conclusion

S'il est difficile de quantifier précisément l'impact du biais continental, les deux autres additionnés, en ne prenant en considération que les cas les plus évidents, comptent, en éliminant le seul cas redondant (celui de Bastian Schweinsteiger), pour 3,7% dans le résultat final du Ballon d'Or. Plutôt marginal, car pas de quoi déchoir Lionel Messi de son trône, ni Cristiano Ronaldo de sa deuxième place. Pas de quoi non plus, donc, réduire le Ballon d'Or à une arnaque où le copinage et la préférence nationale sont les principaux déterminants du vote, loin de là. Mais de quoi influer tout de même sur la composition du podium. Une solution simple est à portée de main: interdire le vote pour un joueur de la même nationalité, ce qui supprimerait le biais le plus important.

 

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