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Bakayoko... Oh no!

Symbole des grands creux de l'ère RLD, Ibrahima Bakayoko a pourtant réussi l’exploit de devenir une icône...
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[Article extrait du n°30 des Cahiers du football et mis à jour]

Impossible, dans notre panthéon, de ne pas réserver une place de choix à celui qui fut l’inspirateur mystique du Ballon de Plomb, et l’emblème le plus charismatique de la lose footballistique.
Ibrahima Bakayoko est un mythe, le prototype de l’attaquant marseillais période yo-yo: puissant, athlétique, rapide et attachant... mais d’une maladresse à faire passer François Pignon pour un tireur d’élite. Dans le Baka, il y a du Titi Camara, du Sakho, du Nouma, du Bamogo, du Mendoza, et même du Kaba Diawara. L’Ivoirien va jusqu’à assembler l’ensemble des perdants magnifiques dans son seul patronyme: Ibrahima Bakayoko, c’est une once de Bamogo, une pincée de Kaba, deux cuillères à soupe de Bakari, une sorte d’Ibrahim Ba, mais qui serait allé au bout de sa logique.


Record précoce
Son état civil – il est venu au monde un 31 décembre à Seguela, Côte d’Ivoire – résume à lui seul son destin: Baka est né pour faire parler de lui, et c’est au Stade d’Abidjan qu’il attire le regard des éclaireurs européens. La Fiorentina, l’Inter et le Barça sont sur les rangs, mais flairent le coup fourré puisque c’est à Montpellier qu’il atterrit. Lors de sa première saison complète, Ibrahima éblouit la France et rend fous les arrières gauche. Il frappera notamment un grand coup à Lille, ou le MHSC n’avait jamais gagné, en marquant un triplé en moins de quinze minutes. Il n’en fallait pas plus pour faire gonfler le crâne luisant de l’Ivoirien, qui déclare en fin de saison: "Si Nicollin veut me garder, il a intérêt à ouvrir grand son portefeuille". Le péché mignon de Bakayoko est déjà trop perceptible. À cette occasion, il admet d’ailleurs sans détour: "Je suis venu en Europe pour gagner de l’argent. Sinon, pourquoi venir?" Loulou réussit à le conserver, sans savoir qu’avec treize buts marqués en fin de saison, l’Ivoirien a porté son record annuel à un sommet qu’il n’atteindra plus jamais.


bakayoko.jpgDatation non certifiée
Ses dribbles continuent cependant à faire merveille et séduisent Arsène Wenger. Arsenal, qui pratique des tests pour vérifier l’âge parfois aléatoire qui figure sur les cartes d’identité des joueurs africains, décèle une anomalie sérieuse dans la datation du joueur au carbone 14, et décide d’abandonner le transfert. Jean-Marc Guillou, sélectionneur de la Côte d’Ivoire, déclarera à l’occasion: "Bakayoko doit avoir au moins trente ans, puisqu’il jouait chez les moins de 21 ans il y a dix ans".
C’est Everton qui finit par accueillir le Montpelliérain, pour la coquette somme de 45 millions de francs. 20 matches plus tard, dont 12 en tant que titulaire pour 7 buts marqués, il fait les frais de la désastreuse gestion économique du club et atterrit à l’OM en juin 99, démontrant déjà son incroyable capacité à se trouver au mauvais endroit au mauvais moment.


Joueur bancal
Il lui faudra peu de temps pour être pris en grippe par le public. Malgré une première saison honorable, terminant meilleur buteur du club avec 8 buts, il commence à écrire sa légende. Sa réputation, qu’il se forgera tout au long de sa carrière marseillaise, est pourtant le fruit d’un malentendu persistant. Car si Baka marque peu, il n’est pas muet au point de mériter tant de quolibets (31 buts en 123 matches pour l’OM). Pourquoi, alors, a-t-il concentré toutes les frustrations, alors même qu’il côtoya Swierczewski, Tuzzio, Belmadi ou Pierre Issa sous le maillot phocéen?
En réalité, sa légendaire maladresse devant le but n’est apparue de manière si criante qu’en raison de son incroyable capacité à se créer des occasions, grâce à un coup de rein dévastateur et un dribble court surpuissant. Bakayoko est un demi-joueur, un footballeur bancal dont le malheur fut d’avoir des qualités mal agencées alors qu’un Trezeguet sera devenu champion du monde sans avoir le quart de sa technique.


Éternel sauveur
À Marseille, il aura beau réaliser quelques coups d’éclat, l’insatisfaction du public n’ira que croissant et celui-ci se focalisera sur ses émoluments, que Félix Houphouët-Boigny lui-même aurait jalousés. Mais tandis que les supporters calculent que chaque but de Bakayoko a coûté au club près de 200.000 euros, celui-ci claque un doublé à la 33e journée contre Bastia, maintenant ainsi le club en D1.
L’année suivante, il marque son premier but en championnat en février... mais c’est pour une victoire 1-0 contre le PSG. Le troisième et dernier but de sa saison sauvera pour la deuxième année consécutive l’OM de la relégation, lors de la dernière journée face à Sedan. Ingrats, les dirigeants marseillais feront tout pour le remplacer, et il commencera chaque saison en étant promis au banc de touche.

Pourtant, Bakayoko finira par éreinter la concurrence, et par retrouver sa place de sauveur providentiel. Alfonso, Sychev, Fernandao, Chapuis, Sakho: tous auront quitté le club avant lui. Cette persévérance dans la lose aura finalement raison du ressentiment généré chez les supporters. En août 2003, un sondage réalisé sur une population absolument pas représentative d’internautes marseillais montre qu’ils sont 49% à souhaiter qu’il reste au club alors qu’il y sévit déjà depuis quatre ans, comme une manière de récolter les fruits de son amour jamais démenti pour l’OM, fût-il financier.

Il aura fallu l’arrivée conjuguée de Mido et Drogba pour l’éloigner durablement des terrains, même si un reportage ahurissant d’Arte montrera Bouchet et Piola tentant de le convaincre qu’il n’obtiendra pas le transfert à Arsenal qu’il exigeait. La suite de sa carrière le verra bourlinguer à Osasuna, Livourne, Messine, Larissa ou Istres (où il retrouva Gasset, qui l’avait entraîné à Montpellier), confirmant avec une régularité d’horloger son ratio naturel d’un but tous les quatre matches. Au fait, Bakayoko a marqué huit buts cette saison pour le PAOK Salonique. Le même total qu'il atteint par trois fois sous le maillot marseillais. Pas mal pour un joueur de 41 ans.


margotton_ciel.jpg
Telle la comète de Halley tous les 57 ans, certaines frappes de Bakayoko repassent parfois au-dessus de nos stades.
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