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Christophe Zemmour

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L'azur italien que rien ne délave

Le respect du maillot se perd, mais la sélection italienne a su préserver sa tradition au fil de l'histoire: une couleur, et de la sobriété. Rétrospective.

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L'équipementier du Liverpool FC, Warrior, a récemment dévoilé les maillots extérieur et third du club de la Mersey pour la prochaine saison [1], deux nouveaux attentats contre l'esthétique et deux sérieux candidats à la prochaine Cacamiseta de Lucarne Opposée – dont le champion en titre est le Barça, qui a d’ailleurs cédé la virginité de son maillot il y a quelques années. Les équipes nationales ont au moins cet avantage de ne pas arborer de sponsor, ce qui limite les dégâts – même si, par exemple, les Pays-Bas ont eu le malheur de remporter leur seul titre avec le pire maillot de leur histoire. Certaines sélections semblent en tout cas échapper à ces digressions fâcheuses, comme l'Italie qui a su garder une ligne claire et une singularité auxquelles elle continue de tenir [2].

 

Bleu azur et blanc immaculé

La Nazionale débute son histoire plutôt tardivement, le 15 mai 1910 face à la France (victoire 6-2). Les joueurs portent alors un maillot blanc et les shorts de leurs clubs. Moins d’un an plus tard, le 6 janvier 1911, l’Italie rencontre la Hongrie et arbore une tunique bleu azur en référence à la famille de la Maison de Savoie, alors à la tête du royaume transalpin [3]. Le blanc est gardé en couleur de secours et ce maillot sera souvent le reflet de la version domicile, quand il n’arborera pas une bande horizontale azur. C’est l’écu de la Maison de Savoie qui y est représenté plutôt que le drapeau lors de la période monarchique. Le régime fasciste s’étant immiscé dans les affaires du football, au sens propre comme au figuré, il fait apposer son symbole à côté de l’emblème royal sur le maillot de la Nazionale, et impose le noir pour une courte période: l'expérience ne lui survivra pas. La République prend place en 1946, le bleu reste sur le maillot italien.
 

 



 

Le drapeau vert-blanc-rouge fait alors son apparition, longtemps seul, puis entouré d’un tissage doré et superposé des lettres ITALIA qui seront remplacées durant pratiquement toute les années 90 par Federazione Italiana Giuoco Calcio, avant de reprendre leurs droits. L’or et les couleurs prennent réellement de plus en plus d’importance à l’orée des années 80, alimentant aussi le contour des cols et des manches, ou le flocage des numéros et des noms des joueurs durant les années 2000. Ils le font sans nuire à la couleur dominante (bleu ou blanc). La tendance est au respect de ces traditions, les seules rares entorses étant à attribuer à la couleur claire spécifique à la Coupe des Confédérations 2009 et au poste de gardien de but. S'il y a longtemps eu ce maillot gris clair dans les bois, Gianluca Pagliuca a tenté des confetti ou le vert en 1994 et s'est vu contraint, à cause du règlement, de passer à l'orange face aux blanches Autriche et France en 1998. Plus récemment, Gianluigi Buffon a ajouté le doré et le rouge à la panoplie.
 


Peu de fautes de goût

Le maillot azzurro a su la plupart du temps rester sobre, lui permettant de traverser les âges. La tunique des champions du monde 1982 est par exemple un modèle de classicisme, alliant parfaitement la dominante bleue aux couleurs nationales et à son col façon polo. Peu d'extravagances, comme la tenue 2000-2002 qui signe le retour au drapeau, à un éclaircissement et à une simplicité absolus. Le surplus, le maillot de la Nazionale le distille à travers sa brillance ou certains motifs. Comme en 1994 où il suit une mode à l'impression en fond de toile de logos, tout en sachant rester discret et s'en sortir plutôt bien par rapport à des contemporains qui ont mal vieilli avec leurs bariolages très discutables (Allemagne, Espagne et France notamment). L'Italie n'a finalement pas trop souffert de cette période d'expérimentations douteuses.
 

L'Italie négocie avec un temps d'avance le virage vers les styles contemporains – à partir de la Coupe du monde 1998 pour la plupart des sélections. Avec son équipementier de l'époque, Nike, les Azzurri repassent à l'uni tout en montrant dorure (1996) et reflets (1998) d'assez bon aloi. Après une longue résistance, les logos de l'équipementier apparaissent sur le tissu. L'arrivée de Kappa s'effectue en pleine mode des tuniques ajustées, comme à l'AJ Auxerre de Cissé et Kapo. La balle passe ensuite chez Puma qui, après un essai timide en 2004 et des bandes noires en 2006, réussit le mariage entre liserés dorés et bleu azur en 2008, offrant notamment une tenue extérieur magnifique. Les essais ultérieurs de l'équipementier allemand sur le col (en forme d'étoile en 2010, collerette blanche et boutonnière en 2012, ouvert en V en 2013) et l'ajout de motifs verts, rouges et blancs ont su préserver l'essentiel malgré l'insistance à imprimer des motifs en filigrane.
 

Cette histoire du maillot italien montre qu'une équipe peut conserver son identité avec des vêtements beaux et classiques, en évitant les écarts embarrassants et en restant immédiatement identifiable, malgré un défilé d'équipementiers. De notre côté des Alpes, au cours des vingt ou vingt-cinq dernières années, les deux fournisseurs de l'équipe de France ont été autorisés à commettre l'un des bariolages regrettables, l'autre de pures inventions de couleur...
 


Voir aussi les décryptages des maillots de l'équipe de France domicile 2010, domicile 2011 et marinière 2011.


[1] Heureusement, il existe quelques sursauts salutaires, comme l’atteste la tenue de la Roma pour la saison 2013/14, un modèle de sobriété financé par le club lui-même et qui a déjà ravi certains contributeurs du fil J’en ai rêvé, Totti le fait.
[2] L’Italie n’est ici qu’un exemple. L’Argentine aurait pu aussi être choisie notamment.
[3] En 1366, le Comte Amédée VI de Savoie utilisa l’image de la Vierge sur fond bleu comme l’un de ses étendards. La couleur borde l’écu de la Maison sur le drapeau de l’Italie, lui permettant de se distinguer du vert, du blanc et du rouge (source: calciomio.fr).

 

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