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Simon Hart

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Le bilan tactique de l'année 2018

Away to Hell

When Saturday Comes – Les controverses sur les maillots hérétiques ne datent pas d'hier, mais le phénomène a pris des proportions extrêmes en Premier League. 

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Extrait du numéro 381 de
When Saturday Comes. Titre original : "Survival Kit", traduction La menace Chantôme.

 

* * *

 

"Les traditions se perdent", pouvait-on lire dans une lettre adressée au magazine Charles Buchan's Football Monthly au milieu des années 1960. Cette doléance faisait référence au fait que certains clubs tels que Liverpool ou encore Stockport County avaient abandonné leurs shorts blancs au profit de tenues "domicile" entièrement rouges ou bleus.

 

Si d'aventure l'auteur de cette lettre (un certain T. Jackson) est encore parmi nous, on lui pardonnera d'avoir probablement balancé ses chaussons sur sa télévision lors du premier week-end d'octobre.

 

 

 

"Week-end spécial maillots extérieur pourris"

Cette fois, plus question de simples shorts: Newcastle United, Arsenal, Chelsea et Manchester City avaient tous délaissé les couleurs de leurs maillots domicile traditionnels pour celles de leurs maillots "extérieur", alors que les tuniques de leurs adversaires n'imposaient nullement de tels choix. "Ça doit être le week-end spécial maillots extérieurs pourris", lâcha même sur Twitter Mark Ogden, rédacteur chez ESPN.

 

Il est vrai que pour les plus fervents défenseurs des traditions, voir les joueurs de Newcastle en bleu ciel à Manchester United, Arsenal en rouge et bleu foncés à Fulham, Manchester City en bleu foncé à Liverpool, et Chelsea en une sorte de bleu sarcelle à Southampton a de quoi faire pousser de longs soupirs de désapprobation.

 

Il y avait même de quoi rire en lisant le laïus du site web de Chelsea expliquant que les "impressions dynamiques" des maillots comprenaient une représentation aérienne de Stamford Bridge et de ses environs, permettant aux joueurs de rester en lien permanent avec leurs bases, même en déplacement.

 

L'expression "week-end spécial maillots extérieur pourris" ne fait que mettre en lumière la direction prise par les clubs, qui cherchent à donner toujours plus de visibilité à des deuxièmes et troisièmes maillots dont la durée de vie ne dépasse pas une saison.

 

 

Fantaisies commerciales

Une étude non scientifique suggère ainsi qu'au cours des neuf premières journées de Premier League, sur les 48 matches joués par une équipe avec un maillot away, 16 changements n'avaient pas lieu d'être, comme lorsqu'Everton s'est rendu à Arsenal et à Bournemouth (suscitant plus d'une question sur le compte Twitter du service chargé des relations avec les supporters), ou lors des visites des Wolverhampton Wanderers à Leicester City et Manchester United.

 

Manchester City n'a porté son maillot bleu ciel qu'une fois en cinq matches de Premier League disputés à l'extérieur – et étrangement, il s'agissait de la seule rencontre face à une équipe évoluant en bleu, Cardiff City. Les champions d'Angleterre ne sont vraisemblablement soumis à aucune politique officielle obligeant au port de ses maillots extérieur: c'est manifestement l'intérêt commercial qui dicte ces choix.

 

Comme le suggère un avocat spécialisé dans le domaine du sport: "En théorie, Nike et autres Adidas pourraient essayer d'obliger des clubs à porter leurs deuxièmes ou troisièmes tenues à quelques occasions, mais cela reste peu probable. En réalité, les clubs étant généralement récompensés en fonction de leurs ventes de maillots, il s'agit généralement de leurs propres décisions".

 

 

Sponsors, shorts et chaussettes

Selon le règlement de la Premier League, les clubs ont droit à trois tenues par saison. Une habitude que le club de West Bromwich Albion a emportée avec lui en Championship: leur sublime uniforme à rayures jaunes et vertes, créé en hommage à celui porté dans les années 1970, est en quelque sorte leur deuxième maillot extérieur après un ensemble noir et cyan qui n'entrera pas dans les annales.

 

Dans le cas de Luton Town, les trois maillots de ce club de League One portent chacun un sponsor différent. Enfin, à Fulham, les Cottagers ont déjà revêtu quatre tenues différentes en un trimestre. Étant donné que ni le bleu marine, ni le noir de leurs maillots extérieurs ne convenaient pour leur rencontre à Tottenham en août, ils ont reçu la permission d'utiliser… leur ancien maillot rouge.

 

Comme l'explique l'ancien arbitre de Premier League Howard Webb, parmi ces choix en apparence inutiles, certains sont en réalité pratiques pour les officiels – comme lorsque Brighton a délaissé ses rayures bleues et blanches pour du vert à Southampton et à Newcastle.

 

"J'ai toujours trouvé pénible d'arbitrer deux équipes portant des maillots à rayures, quelles qu'en soient les couleurs. C'est encore pire pour les assistants, qui doivent siffler des hors-jeu alors qu'ils assistent à ce défilé de profil", explique-t-il. Pour lui, bien que les similitudes entre les shorts n'aient jamais été un problème, "les chaussettes, en revanche, sont assez importantes pour des raisons évidentes, notamment pour identifier l'auteur d'une frappe de balle".

 

 

Bleu blanc orange

Aujourd'hui, les clubs doivent soumettre leurs choix de couleurs dix jours à l'avance, et les arbitres de Premier League utilisent un logiciel pour confirmer que les maillots ne risquent pas d'être confondus. La question du daltonisme est également à prendre en compte, et une attention particulière doit donc être portée à l'utilisation de certaines combinaisons, à l'image du rouge et du vert – un aspect évoqué avec les clubs avant le début de chaque saison.

 

L'époque où les arbitres se présentaient deux heures avant le coup d'envoi pour contrôler les tenues des joueurs (et éventuellement mettre la panique) est donc révolue. Cette ancienne façon de procéder aura provoqué des situations cocasses.

 

En novembre 1991 – la dernière saison où la division de l'élite a porté le nom de First Division –, Everton s'est rendu à Kenilworth Road pour découvrir que les maillots domiciles de Luton comportaient du bleu roi sur les manches et les côtés. Les Toffees empruntèrent donc les hauts "extérieurs" oranges de leurs hôtes, qu'ils portèrent avec leurs propres shorts blancs et leurs chaussettes bleues.

 

L'histoire retiendra qu'Everton remporta les trois points cet après-midi-là, tandis que Luton termina sa saison sans la moindre victoire à l'extérieur avec ce maillot. Relégué… pour deux petits points.


  

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