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Sylvain Zorzin

 

Incapable d’admettre qu’il a donné vie à Pierre Minus, il fuit l’opprobre en publiant de vraies histoires pour les vrais enfants dans les magazines Pomme d’api, Les Belles Histoires, Tralalire et Mes Premiers J’aime Lire.


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Jeter le maillot

Arbitres vendus

On croyait que la crise avait plombé toute la presse. Erreur. En publiant l'hebdomadaire Arbitralakon, Olivier Rey tente un coup de poker.
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Ce qui surprend d'abord, c'est ce titre, Arbitralakon, qui évoque aussi bien la koinè, cette langue commune à un groupe humain, que lexikon, "le mot" – autrement dit, tous ces termes grecs qui ont fondé notre civilisation, et l'utopie journalistique qui en est née. "En fait, c'est pas du grec, corrige Olivier Rey, rédacteur en chef d'Arbitralakon. C'est plutôt du langage populaire, qu'on trouve encore un peu dans les stades. A la rigueur, le seul rapport assez étroit qu'on pourrait voir avec les Grecs, c'est les 'oh hisse' que les spectateurs lancent au gardien au moment des dégagements", ajoute, non sans malice ni clin d'œil, cet habitué des maximes et autres proverbes qu'il affiche par dizaines sur les murs de son bureau.


arbitralakon_2.jpgCinq éditos
Populaire, le mot est lâché. Et c'est vrai qu'il faut les aimer, les polémiques de bistrot, pour fonder tout un magazine uniquement sur la haine actuelle des arbitres! "On avait pensé faire un journal sur l'amour des hommes en noir, mais y a que Tony Chapron qui avait demandé un abonnement, et encore, seulement si un radio-réveil était offert avec. Vu qu'il roupille entre le coup d'envoi et les arrêts de jeu, on était à deux doigts d'accepter. Mais le modèle économique aurait pas été viable, précise le rédac chef adjoint, Frédéric Antonetti. Alors on est allés à fond sur le tacle par derrière, qu'était de toute façon davantage dans l'air du temps."

Et de fait, Arbitralakon n'est rempli que de cela: qu'il s'agisse des éditos (Olivier Rey en signe pas moins de cinq, dont deux qu'il a écrits lui-même), des chroniques, des analyses voire des mots croisés, on surfe ici sur l'opprobre monstrueux qui pèse aujourd'hui sur le corps arbitral. "1. Vertical, 'Enlevez-lui sa coquille avant de lui écraser les noisettes.' C'est 'Lannoy'. Malin, non? Beaucoup avaient écrit 'Connar', mais ça allait pas avec le 3. Horizontal, 'Layec-yapenaltybordel'", complète Antoine Kombouaré, qu'on a mis à ce poste en raison du nombre élevé de matches suivis derrière des grilles.


Rumeurs au cerveau
Il y a un autre avantage à être un magazine "populaire". "On se contente des rumeurs, des on-dit, des rancunes les plus fanatiques. Du coup, l'info vient directement du public, des supporters, des types dans la rue qui ont une écharpe ou un avis, s'extasie Olivier Rey. On n'a pas besoin de journalistes qui réclament des salaires, ou des RTT entre la fin des comptes-rendus du samedi et le décrassage du dimanche matin." Une astuce financière pas si étonnante pour quelqu'un qui affiche la devise "L'argent n'a pas d'odeur" à côté d'un poster de Milan Baros.

Qu'est-ce qui explique, dès lors, que l'hebdomadaire présente un déficit de trois millions d'euros avant même la sortie du premier numéro? Sa couverture "Arbitres, coupables ou criminels?", avec en poster la photo de Stéphane Bré, décomposé, apprenant qu'il officierait en Coupe de la Ligue, avait pourtant de quoi attirer un lectorat friand de calomnies. "Un staff de pros, ç'a son prix", se contente de commenter, laconique, le rédacteur en chef.


Faire un carton
C'est qu'il fallait bien consentir quelques sacrifices financiers pour attirer dans son équipe des pointures tels Jean-Michel Aulas, Gilles Verdez ou Pierre Ménès. Si le premier a accepté de visiter tous les vestiaires des arbitres de France (et on navigue là entre Vis ma vie, Midnight Express et Lyon volé au-dessus d'un nid de coucou), le deuxième dresse un compte rendu statistique de toutes les erreurs d'arbitrage – un travail de salubrité publique, à en croire l'intéressé: "Putain, c'est un vrai boulot d'historien. Les vingt-deux clubs de Ligue 1 ont intérêt à me remercier."
Quant à Pierre Ménès, il trouve là un moyen d'épurer quelques rancœurs. "Quand je fais des pronos sur Unibet, en général j'en donne 1 ou 2 de bons sur 14. Le troisième où je pourrais être bon, c'est la faute de l'arbitre qui file pas un carton à Malouda. Du coup, chaque semaine, je fais un Loto sportif spécial arbitres, et je coche nul à toutes les lignes. Victoire garantie! Même si mon rêve, c'est que, comme Anders Frisk, ils gagnent tous leur domicile."


Arbitralakon arrivera-t-il à trouver son équilibre? "On espère en vendre 200.000 à 500.000, précise Olivier Rey. Mais ça va pas être facile, même à la grande époque de But! on n'en jetait pas autant. On réfléchit à différentes solutions pour entrer dans nos frais, Verdez a proposé une idée, on verra bien." Pour l'instant, l'amateur de proverbes qu'il est a trouvé au moins un slogan rigolo: "Un homme averti en vaut deux". "Avec la photo de Valentin Ivanov à côté, vous savez, l'arbitre de Portugal-Pays-Bas en 2006. Si un homme averti en vaut vraiment deux, on peut considérer qu'il a expulsé le contenu d'un minibus." Jean-Michel Aulas, qui nous a entendus, ne peut s'empêcher de se fendre d'un goguenard: "Au moins, on ne pourra pas dire que les arbitres empêchent systématiquement les joueurs d'arriver en car."


Arbitralakon, tous les mardis en kiosques, 127,90 euros, inclus le DVD de Frédéric Thiriez, Grâce à moi, l'arbitrage vit des hauts et pas de bas.
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