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Christophe Kuchly

 

Parlait tactique sous l'identité de L'apprenti Footballologue chez horsjeu.net, et a créé le site L'instant X avant de rejoindre les Dé-Managers. Traîne sur le forum sous le nom de Radek Bejbl et écrit dans La Voix du Nord et La Voix des Sports.


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La Gazette de la L1 : 3e journée

Ailier, la bonne planque ?

On les voit par intermittence, ils peuvent briller mais aussi cristalliser les frustrations, et beaucoup laissent dubitatifs sur le niveau réel. Qu'ils repiquent vers l'axe ou débordent pour centrer, les ailiers sont des joueurs au profil particulier.

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Et si, pour devenir professionnel, le meilleur moyen était de jouer sur le côté… mais devant? Traditionnellement moins exposés, placés dans un coin avec pour seul tâche de faire en sorte qu'aucun adversaire ne s'y promène balle au pied, les latéraux doivent désormais participer au jeu offensif – en tout cas au sein des formations voulant faire le jeu. Ils doivent donc avoir le coffre pour couvrir de grandes zones et maîtriser les quatre grandes phases (quand mon équipe a le ballon, quand elle le perd, quand l'adversaire l'a et quand mon équipe le récupère) car ils peuvent être sollicités offensivement comme défensivement. 

 

Et les ailiers, qui vivent aussi le long de la ligne de touche, mais bien plus haut? Et bien on leur demande avant tout de faire des différences balle au pied. D'où une spécialisation qui interroge sur le niveau réel – jusqu'à se demander s'il n'y a aujourd'hui pas plus de bons latéraux que de bons ailiers.

 

 

Quelques superstars

Attention, il n'est bien évidemment pas question de mettre tout le monde dans le même sac. Les ailiers ne sont pas une armée de marcheurs blancs difficiles à distinguer les uns des autres, mais des joueurs aux qualités différentes. Ceux en faux pied rentrent vers l'intérieur, les autres débordent. Ils peuvent être des meneurs excentrés qui apportent du contrôle ou des milieux complets qui stabilisent l'équipe défensivement – surtout dans les équipes qui jouent en 4-4-2 et n'ont donc que deux hommes dans l'entrejeu.

 

Ailier, c'est d'ailleurs le poste majoritairement occupé par Cristiano Ronaldo et Lionel Messi, même si les deux le réinterprètent à leur façon, attirés par l'axe: le Portugais en plongeant en profondeur pour être un deuxième numéro 9 profitant du jeu collectif et des dézonages de Karim Benzema, l'Argentin en étant un meneur qui prend le ballon et accélère le jeu en partant de plus bas, là où les blocs regroupés ne vont pas le chercher.

 

 

Pour ces deux talents hors normes, le fait de se trouver sur le côté n'est qu'un point de départ, la présence d'un latéral offensif dans leur dos leur permettant d'aller sur leur pied fort, et donc vers le cœur du jeu, sans laisser de trous. Neymar, qui évoluait côté gauche à Barcelone, est d'ailleurs amené à faire à Paris ce que Messi fait en Catalogne, à savoir devenir de facto le créateur d'une équipe dont il serait le meilleur joueur, peu importe le poste (offensif) occupé.

 

Mais ce sont ici les exceptions, trois hommes qui mobilisaient 77% des points du vote pour le Ballon d'or en 2015. Dans la plupart des clubs, même chez les prétendants au titre européen, dans les 4-3-3 et 4-2-3-1 avec une seule pointe qu'il faut alimenter en ballons, on croise sprinteurs et tricoteurs. Beaucoup de joueurs qu'on imaginerait bien mal au milieu, là où Luka Modric fait tout et Marco Verratti se voit reprocher – sans que ce soit forcément illégitime – de ne pas attaquer aussi bien qu'il défend et relance.

 

 

Évolution systémique

Que certains doivent plus en faire que d'autres est évidemment logique. Personne n'a jamais prétendu que le football devait être égalitaire, et chaque sport a ses postes difficiles à occuper. Ce que les Américains appellent football contient d'ailleurs le terme de skills positions. Sous-entendu, les postes nécessitant des qualités spécifiques, là où les linemen, bien plus habillés que les sumos, mais dont le job n'est finalement pas si éloigné, doivent avant tout avoir de la force.

 

Mais la multiplication de systèmes avec un seul attaquant, là où tout le monde jouait en 4-4-2 il y a trente ans, signifie que les ailiers doivent être plus décisifs que jamais dans la zone de vérité. Surtout que le poste de numéro 10 à l'ancienne, s'il peut être réinterprété par un Nabil Fekir par exemple, a largement disparu.

 

 

C'est d'ailleurs du côté de Lyon que l'on peut commencer ce voyage loin de la terre du milieu. On y trouve Memphis Depay, vingt-trois ans, au niveau très incertain. Bon voire très bon au PSV, fantomatique à Manchester, il a aujourd'hui la particularité de faire beaucoup de matches catastrophiques qu'il sauve d'un geste décisif – que ce soit une passe ou un but. Comment évaluer alors ses productions? À la manière d'un renard des surfaces, lui aussi détaché du collectif, son apport se résume majoritairement au nombre de buts auxquels il contribue, sans demi-mesure.

 

Mais, contrairement au buteur esseulé, qui sera également inutile jusqu'à un éventuel éclair, lui a beaucoup de ballons à jouer. Plutôt que de convertir une occasion sur deux, on lui demande d'en créer une sur huit, dix ou douze situations favorables. Et ne pas réussir est plus acceptable quand on arrive à jouer avec ses partenaires, ce qui est rarement le cas.

 

 

Situations (dé)favorables

Memphis est très loin d'être le seul. À Lille, Anwar El Ghazi, lui aussi international néerlandais qui a explosé au pays, montre semaine après semaine un manque de compréhension du jeu dépassant l'entendement, majoritairement pour tenter sa chance en solitaire. Les Lyonnais, longtemps désespérés des matches de Rachid Ghezzal, l'ont vu donner un caviar dès sa première à Monaco. Une surprise de plus pour ceux qui, habitués à le voir médiocre avec la CFA, ont constaté avec stupeur qu'il pouvait finir une saison de Ligue 1 avec huit buts et sept passes décisives en 2015/16. Avant qu'il ne rentre dans le rang, la saison suivante, sans que le joueur ait changé du tout au tout. Quand la réussite se base sur quelques qualités, le moindre grain de sable peut tout faire basculer.

 

 

Kingsley Coman l'a vécu au Bayern. Beaucoup utilisé par Pep Guardiola, dont la stratégie consistait à créer des situations de un contre un sur les ailes avec un pressing haut permettant de rapidement récupérer la balle, il pouvait se concentrer sur une mission très simple: éliminer son adversaire et, ensuite, profiter de l'espace pour faire le meilleur choix possible. Un crochet, une accélération, une balle à ras de terre dans la surface… Et parfois même pas de crochet, à l'image de Douglas Costa de l'autre côté, auteur d'un début de saison 2015/16 incroyable en faisant toujours la même action: je pousse la balle, j'accélère et je centre en bout de course au niveau du point de penalty.

 

Le système était fait pour que les hommes de couloirs amènent le danger, ne jouant que sur leurs forces et tolérant leurs erreurs. Avec Carlo Ancelotti, et même si les retours en forme de Franck Ribéry et Arjen Robben n'est pas sans influence, le jeune Français et le Brésilien ont souvent semblé perdus. Leur niveau a-t-il seulement baissé?

 

 

Valeur des occasions créées

Le but du football étant de marquer, il est assez logique que les entraîneurs cherchent à tout prix les éléments pouvant les aider dans leur quête. Le problème, c'est que la plupart de ces joueurs sont en bout de chaîne, des trous noirs qui n'ont pas grand-chose à offrir à leur équipe sur le plan collectif. Pour un Ousmane Dembélé, qui réussit la grande majorité de ses dribbles depuis qu'il est arrivé chez les professionnels et a appris à faire la bonne passe une fois l'adversaire éliminé (même si cela n'empêche pas le déchet, sa relation avec Pierre-Emerick Aubameyang était la plus productive d'Europe l'an dernier), combien de faux bons joueurs?

 

À Lille, le pendant d'El Ghazi côté gauche se nomme Luiz Araujo. Un Brésilien méconnu, qui a dominé la plupart des défenseurs rencontrés en pré-saison, et totalement inutile en ce début de Ligue 1 où ses feintes ne marchent pas. D'autant que puisque les munitions manquent, le droit à l'erreur est nettement réduit.

 

Alors, Lucas Moura est-il doué, ou bien un membre du relais 4x100m brésilien confondu avec un homonyme? Allan Saint-Maximin doit-il être félicité d'avoir été le seul Niçois à créer quelque chose face à Naples balle au pied, ou blâmé pour son incapacité à exploiter les situations favorables qui s'en sont suivies? Lucas Vazquez, détonateur du Real, est-il bien meilleur que Jeffren, Isaac Cuenca et Cristian Tello, intéressants par séquence dans une équipe barcelonaise ultra dominatrice, mais franchement médiocres dès que la moindre qualité du collectif autour d'eux les oblige à se diversifier et raréfie leurs opportunités? Riyad Mahrez est-il un excellent joueur ou un garçon qui fait toujours la même chose sans la régularité d'un Arjen Robben? Nolito a-t-il progressé après vingt-cinq ans ou son niveau est-il le même qu'à l'époque où il jouait en Segunda B?

 

Chacun peut se faire sa propre idée. S'il fallait se mouiller, on aurait quand même tendance à relativiser l'écart entre une partie des ailiers de haut niveau et ceux qu'on trouve dans les étages inférieurs. Après tout, apprendre à cadrer son adversaire sans le ballon et enchaîner crochet-frappe avec, c'est probablement plus facile que de devenir le nouveau Toni Kroos. Et ça peut grandement aider une équipe.

 

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Blasons maudits / 3

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