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La Gazette > 15e journée

Accusé Cubilier, relevez-vous!

Ballon de Plomb 2007, la campagne – Quitte à le retourner dans sa tombe en lui parlant de football, nous avons requis Pierre Desproges pour infliger à Éric Cubilier un réquisitoire définitif.
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Françaises, Français,
Belges, Belges,
Olympiens, Parisiennes,
Messins qui pointent,
Cédéfistes mes amours.

Bonjour mon Koller, hello Dehu et  mon Guy Roux… coucou!

Je suis, à l’instar d’un célèbre animateur de télévision (fin XXe siècle - début de calvitie) mis en présence d’une créature extra-terrestre d’opérette et de bakélite, troublé. Et presque fâché, tiens.
V’la t’y pas qu’pas plus tard qu’hier, je reçois une demande de la part de ces Messieurs bien mis plus connus sous le pseudonyme collectif "La rédaction". A ce sujet, il appartiendra à chacun de tirer la conclusion qu’il veut quant aux orientations libidineuses de Messieurs bien mis (du verbe mettre) qui n’ont plus grand plaisir que de se faire appeler "Madame" par de jeunes forumistes inconscients de la dangerosité d’exposer leur respectueuse naïveté matinée de cet enthousiasme touchant que ne renierait pas le jeune chevreau qui gambade avec insouciance dans la verte et fraîche prairie si on lui demandait son avis, à la convoitise déviante et exacerbée d’inconnus tout aussi anonymes que masqués. Ce ne sont pas mes affaires. Mais on ne dira pas que je n’ai pas tiré le signal d’alarme (qui se lavera les dents à l’eau claire dorénavant). "La Rédaction", donc, me demande de produire, pour sa petite pochade cérémoniale de fin d’année, un réquisitoire contre le prévenu (pas assez il faut croire) Éric Cubilier.


cubilier_bdp.jpgRequérir contre Éric Cubilier? Le Éric Cubilier du FC Metz? Un footballeur? Messieurs les jurés, sans remettre en cause la légendaire modestie qui me caractérise, mais dont je ferai l’éloge un autre jour, c’est faire peu de cas de mon talent. Demandait-on à Van Gogh de repeindre le mur des chiottes? Implore-t-on Bocuse pour des nouilles au beurre? Jacques Vergès a-t-il eu besoin de déranger Me Collard pour que Klaus Barbie prenne sa perpette?

Besoin de moi pour faire condamner un footballeur… Diantre… Un footballeur, ça se condamne tout seul, ça tombe suffisamment sous le sens sans en rajouter avec les coups de boutoirs d’un procureur de premier choix. Messieurs les jurés, il suffit de vous rendre compte qu’un footballeur, c’est celui qui se compromet dans la pratique du "football", vocable à ce point répugnant que même les guillemets, utilisés ici en recours aussi dérisoire qu’ultime, sont impuissants à masquer sa britannique laideur. Parce que j’imagine qu’en gens de bonne éducation que vous êtes, vous avez la sagesse de l’ignorer: le football est un sport (Dieu que ce mot aussi est laid) inventé par les garde-chiourme qui officiaient dans les pensionnats britanniques de la fin du XVIIIe siècle afin d’occuper les pieds des jeunes puceaux nantis dont ils avaient la charge – puisque tout bon garde-chiourme qui se respecte (sinon, qui le fera?) sait que l’inactivité conduit implacablement le pensionnaire adolescent à employer ses mains à l’accomplissement d’une occupation que la morale et la buandière réprouvent.
Pour notre plus grand malheur, cette méthode rencontra tellement de succès, malgré la concurrence du "Traité sur l'onanisme qui donne des remèdes pour vaincre les tentations" de l’excellent Simon-Auguste Tissot, qu’elle aboutit au cirque médiatique abêtisseur de masse qui nous est quotidiennement imposé par les pitoyables et vociférants résidents du troisième sous-sol de la classification naturelle journalistique alors que, même moi, je suis incapable de vous dire ce qu’il est advenu de la dépouille de ce cher Simon-Auguste.


L’appartenance d’Éric Cubilier à la confrérie des tripoteurs de baballe suffit évidemment à le classer à des années lumières des personnes susceptibles d’être fréquentées en société sans que la rougeur de la honte ne vienne mordorer vos douces et bambines joues roses. Il m’appartient donc de dénoncer ce qui fait de ce spécimen un paria au sein même de sa caste honnie. Ne voulant point passer pour moins chevaleresque qu’un président de la République répondant avec classe, à propos et maîtrise de soi aux vulgaires apostrophes d’un poivrot côtier, je ne m’abaisserai pas à parler du club employeur d’Eric Cubilier et de sa situation peu envieuse; les gens de cette région ont suffisamment de soucis sans qu’on les enfonce un peu plus aujourd’hui, d’autant qu’eux n’ont même pas, pour se réconforter, dans le cœur le soleil qu’ils n’ont pas dehors. Laï laï laï.

Quant à disséquer devant vous, Messieurs les jurés, les compétences et aptitudes professionnelles du sujet qui nous occupe, il n’en est pas question. Je ne connais rien au football, je ne comprends rien à ses règles et j’en suis fier.
Cependant, ce que j’appellerai pudiquement "les mouvements sociaux" de ces dernières semaines, m’ont procuré l’immense privilège de passer la moitié d’une après-midi et le commencement d’une soirée, pris au piège dans un taxi à l’immobilité quasi-inexorable et dont le conducteur, pour se donner une contenance sans doute, écoutait une émission radiophonique opportunément intitulée "L’ouie s’attaque". Il se trouve que c’était, sans que je le sache à ce moment, une grande chance pour moi, puisque l’animateur, dont la syntaxe originale justifiait à elle seule le titre de l’émission, bardé d’un acolyte aussi provençal que vindicatif, a consacré la majeure partie du temps d’antenne qui lui était alloué à faire un sort au malheureux Cubilier.
Constatant que les compétences rhétoriques des deux intervenants ne justifiaient aucunement leur présence dans un média à haute diffusion et certainement pas un salaire, j’en déduisis logiquement qu’ils étaient des références certainement reconnues dans leur domaine de prédilection, et donc, en la matière, dignes de confiance. Je décidai donc sagement d’adopter, avec la plus aveugle des fois, leurs conclusions éclairées sur le cas Cubilier, conforté dans ma décision par l’approbation régulière de mon chauffeur par un "Chest vrai cha" qui, si je ne puis dire s’il était portugais ou auvergnat, aurait convaincu le dernier des sceptiques.

Voilà qui démontre, Messieurs les jurés, qu’Éric Cubilier est coupable, mais je laisse la parole à son avocat, Me Thiriez, qui vous en convaincra bien mieux que moi.

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