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Jose-Karl Bové-Marx (avec G. Gouze)

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Groupés dans la mort

Absolut Russia

Matchbox : Russie-Suède, 2-0. La question de la suprématie vodkaïque est réglée: la Russie s'est s’essuyée les pieds sur le paillasson suédois...
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Buts : Pavluchenko (23e), Archavine (49e)


Le contexte

Dans leurs interviewes d’avant-match, les joueurs russes rivalisaient de modestie et de déclarations de respect et de crainte à l’égard d’Ibrahimovic. Le messie Archavine la jouait profil bas en affirmant ne pas savoir s’il jouerait; et la presse en appelait à des vertus de combativité loin d’être les qualités premières de l’effectif. Elle n’hésita pas, pour mobiliser la Patrie, à citer de larges extraits martiaux de "Poltava", le grand poème de Pouchkine consacré à la bataille qui vit l’armée de Pierre le Grand défaire les troupes de Charles XII de Suède en 1709.



arshavin_sitoff.jpgLa nalyse

Mais face à une Suède qui avait mieux négocié les confrontations avec l’Espagne et la Grèce, et dont tous redoutaient la combinaison de robustesse défensive et de génie offensif, l’équipe rouge ne pensa pas un instant à entamer la rencontre par le traditionnel round d’observation. Dès le premier coup de gong, elle se précipita à l’attaque toutes voiles dehors, les milieux multipliant les incursions dans la surface et les latéraux repoussant leurs adversaires directes jusqu’à la ligne de but d’Isaksson. Tout un symbole: sur son premier ballon de l’Euro, Archavine, le long de la ligne de touche gauche, au lieu de redonner sagement en arrière pour se mettre dans le bain, balançait une transversale de trois cents kilomètres de long qui trouvait Pavluychenko à l’autre bout de l’Autriche. Ibrahimovic avait beau répliquer d’une espèce de talonnade aérienne dans le visage d’Ignachevitch   qui n’avait pas besoin de ça pour effrayer les enfants   les Suédois ne voyaient pas le jour, et encore moins le ballon. Les petits milieux d’en face se goinfraient de une-deux et le latéral gauche Zhirkov (milieu offensif en temps normal avec le CSKA) enchaînait les débordements tout en technique et en vivacité.


Latéral malgré lui
On s’était demandé qui de Larsson ou d’Elmander allait accompagner Zlatan en attaque. Mais Lagerbeck choisit de ne pas trancher, et aligna les deux d’entrée, propulsant le Toulousain à un poste inusuel de milieu droit. Si l’idée était de bloquer Zhirkov, ce fut raté. L’époustouflant latéral-malgré-lui se baladait, déprimant davantage Elmander et Stoor à chaque montée.
De l’autre côté, Anyukov s’amusait presque autant avec Ljungberg et Nilsson. Pendant ce temps-là, au centre, les deux récupérateurs suédois, Svensson et Andersson (on ne soulignera jamais assez l’originalité des patronymes locaux) s’essoufflaient à colmater les brèches, d’autant plus que sur leurs rares récupérations, les Jaunes perdaient immédiatement le cuir, étalant un niveau technique étonnamment médiocre.


Lacunes défensives inquiétantes
Voyant que leurs combinaisons passaient très bien dans le rond central, les Russes décidèrent rapidement de les tester aux abords de la surface, avant de carrément s’installer dans celle-ci, se faisant des politesses au moment de frapper à quinze mètres du but. L’issue était aussi inéluctable qu’un scrutin électoral à Moscou: après une volée de Zhirkov à quelques microns du poteau d’un Isaksson aux abois, Pavluychenko finit par entériner la domination des siens à l’issue d’un caviar (c’est le cas de le dire) de Zyrianov venu ponctuer une énième balade russe dans la défense suédoise.

On n’était qu’à la vingt-troisième minute et on allait tout droit vers une fessée quand, sur une longue balle venue de l’arrière, Henrik Larsson réussit une merveille de tête lobée qui rebondit sur la barre d’un Akinfeev impuissant. D’un coup, les lacunes défensives des partenaires de l’inquiétant Kolodine venaient d’être exposées. Mais Semak haussa les épaules, l’air de dire "On en discutera en préparant le match contre les Hollandais". L’assaut reprit de plus belle et c’est par miracle que la Suède atteignit la quarantième minute avec un déficit d’un seul but. Le poteau, Isaksson et une demi-douzaine de défenseurs s’étant opposés à d’innombrables tirs, têtes et autres infiltrations d’une "Sbornaïa" décidément intenable. Juste avant la mi-temps, profitant d’un relâchement de leurs agresseurs, les Suédois faillirent même égaliser, mais Akinfeev, 22 ans et tous ses gants, tua dans l’œuf les tentatives de révolte de Ljungberg et Nilsson.


Russe Hiddink
Au lieu de glacer leurs adversaires d’un but assassin, les Suédois les avaient seulement avertis de la nécessité de faire le break fissa. Dès le retour sur le terrain, les Russes s’y employèrent donc, et sur une interception et une transition ultra-rapide, l’omniprésent Zhirkov offrait à un tacle classieux d’Archavine le 2-0 et la confirmation du conte de fées dont toute la Russie fantasmait: un retour glorifié par un but de la perle du Zénit. La suite allait forcément être moins intense, les rouges se reposant un peu tandis que les jaunes s’en remettaient à "un tout sur Zlatan" digne d’une équipe de basket à la dérive qui cherche systématiquement son unique scoreur.

Mais malgré quelques contrôles parfaits et plusieurs belles orientations de jeu de la star de l’Inter, malgré quelques tentatives lointaines des hommes du viking Mellberg, malgré les entrées de Kallstrom et d’Allback (la Suède finissant avec quatre avants-centres nominaux), on avait l’impression d’être bien plus proches du 3-0 que du 2-1. Zhirkov aurait ainsi dû être récompensé pour ses exploits, mais son slalom suivi d’un tir du droit contré ne fut couronné que d’un poteau, avant qu’Archavine, sur un nouveau démarrage express, n’oublie Pavluychenko, seul au centre.

Peu importe. Hormis un nouveau carton stupide (1) Archavine avait tout de même réussi un match de gala, tout comme la plupart de ses partenaires. La Russie a obtenu une victoire archi-méritée et se prend désormais à croire en ses chances dans le choc qui s’annonce face à l’épouvantail hollandais: "Russe Hiddink", qui a emmené les Bataves en demi-finale de la Coupe du Monde 1998, connaît si bien Van der Sar et consorts… Mais il faudra que la défense centrale, certes renforcée par la titularisation depuis deux matchs du coriace Ignachevitch, cesse de donner à Akinfeev trop d’occasions de se montrer…

Quant à la Suède, bien moins séduisante que face à l’Espagne, elle a brutalement et simultanément découvert tous ses points faibles, qu’il s’agisse de la lourdeur de Hansson, du déclin de Ljungberg ou du manque de finesse technique de ses latéraux. Le 20 août, quand elle jouera la France en amical, ce seront deux équipes en pleine gueule de bois qui s’affronteront, un peu comme un dimanche matin à Vincennes.

(1) On ne rappellera jamais assez qu’il a manqué les deux premiers matchs de l’Euro pour avoir pris un rouge lors de la dernière rencontre des éliminatoires, à la 84ème minute, à Andorre, et alors que son équipe menait 1-0 et qu’il était capitaine.


Les gestes

• Les 187 fois où Zhirkov, fonçant vers la ligne de but suédoise, a dépassé le milieu gauche nominal de son équipe, Bilyaletdinov, qui aurait pu passer son match à lire un bon bouquin.
• Le désormais classique "chut" d’Archavine après son but, en mémoire d’une antique polémique avec la presse de son pays dont tout le monde, y compris les protagonistes, a oublié depuis longtemps les tenants et les aboutissants.


Les antigestes

• La ruade aérienne d’Ibrahimovic en plein dans la gueule d’Ignachevitch: même quand il ne le fait pas exprès, Zlatan rappelle Eric Cantona.
• Le combo "accrochage du maillot d’Archavine en position de dernier défenseur / frappe violente vers son propre but" de Hansson, qui a dû susciter des hochements de tête satisfaits du côté de Rennes.
• Le tacle débile sanctionné d’un carton logique de Kolodine, qui tient à rappeler à chaque match qu’il reste le défenseur central le plus friable de cet Euro.



anyukov_sitoff.jpgLe joueur à suivre

Si tout le monde s’extasie sur Yuri Zhirkov, plus rares sont ceux qui s’enamourent du latéral droit de la Russie, Alexandre Anuykov. Or le joueur du Zénit, 25 ans et déjà présent à l’Euro 2004, fait lui aussi un excellent tournoi, sur la lancée de ses perfs domestiques et en coupe de l’UEFA. Très porté vers l’attaque, il est certes moins visible que Zhirkov, mais il attaque toujours à bon escient et ses centres sont en général de bonne qualité. Egalement solide quand il s’agit de défendre, il correspond parfaitement au profil recherché par Hiddink, à savoir un alliage de technique, de vélocité et de discipline tactique. Reste maintenant à contenir Robben puis  à faire reculer Van Bronckhorst, et il pourra disputer à Bosingwa une place dans le 11 type de l’Euro.



ljungberg_sitoff.jpgLe joueur à ne plus suivre


A la grande époque des "Frenchies d’Arsenal", quand Henry, Vieira, Pires et Wiltord monopolisaient les résumés de l’EDD, on avait souvent l’occasion d’admirer la vista et la technique de Freddie Ljungberg, la mobylette suédoise, buteur régulier et piston indispensable du côté d’Highbury. Et puis, ses cheveux rouges et ses pubs pour Calvin Klein, dignes d’un porno gay de luxe nous sortaient un peu de l’ordinaire. Mais après neuf ans chez les Gunners, Freddie n’a pas réussi à faire une Bergkamp et à se transformer en vieux sage au temps de jeu inversement proportionnel à l’influence. En juillet dernier, à trente ans seulement, il a été vendu sans états d’Ham à West âme, et ses performances lors de cet Euro n’auront pas compensé une saison maussade dans son nouveau club, loin de là. Souvent blessé dans sa carrière, le milieu est en train d’entrer dans un long hiver, comme dirait l’autre.



Les observations en vrac

• Petits, rapides, infatigables, multipliant les passes et les appels: en fait, Hiddink a juste déguisé ses Coréens en Russes.
• A 27 ans, Ignachevitch a l’air d’en avoir 60. A 23 ans, Bilyaletdinov a l’air d’en avoir 4. S’ils se baladent ensemble dans la rue, on doit les prendre pour un grand-père et son petit-fils.
• Même pas une grosse bourde spectaculaire à se mettre sous la dent: Andreas Isaksson est bien le Petr Cech du pauvre.
• Maintenant que son Euro est terminé, Olof Mellberg va enfin pouvoir retourner faire des vocalises au sein de ABBA.
• S’il continue comme ça, Archavine va finir par attirer l’œil expérimenté de Pierre Ménès, qui a déjà repéré la qualité de l’anonyme Wesley Sneijder.
• Si Hiddink a fait entrer Bystrov en dernier et à deux minutes de la fin, c’est pour ne pas avoir la tentation de le ressortir après trois ballons touchés comme face à l’Espagne?
• Il faudrait dire aux Suédois que les déviations pour Persson ne servent à rien.
• Pour empêcher les Russes de marquer, défendre en infériorité numérique
• Après le pétrole et le gaz, la Russie exportera-t-elle un jour le sang de Zhirkov?
• La dernière fois que les deux arrières latéraux ont été passeurs décisifs dans le même match, ils s’appelaient Roberto Carlos et Cafu.



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