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Jamel Attal

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L'agonie des Canaris

48 heures chroniques

Pour mieux vendre aux télés l'émission du dimanche, la Ligue va faire jouer, dès la saison prochaine, des rencontres de L1 le surlendemain de rencontres de Coupe de l'UEFA. L'occasion pour l'inénarrable Frédéric Thiriez de battre des records d'absurdité argumentaire.
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L'affaire aurait pu passer quasiment inaperçue, comme beaucoup de décisions prises par la Ligue en son cénacle. En l'occurrence, c'est son Conseil d'administration, tenu le vendredi 8 février, qui a pris une décision pour le moins sujette à discussion: à partir de la saison prochaine, le calendrier du championnat de L1 devra garantir à ses diffuseurs que sept matches au moins se dérouleront le samedi. Cette mesure prend son sens dans le contexte de l'appel d'offres pour l'émission dominicale actuellement détenue par TF1 (pour 18 millions d'euros par an), dont les droits seront échus à la fin de la saison. Comme Canal+ pour Jour de foot, TF1 se plaint de devoir produire son magazine hebdomadaire en couvrant des journées tronquées par le décalage le dimanche de plusieurs rencontres. En cause: la coupe de l'UEFA, disputée le jeudi soir, qui oblige l'organisateur de la Ligue 1 à reporter d'une journée les matches des équipes concernées.

Condamnation unanime

On voit alors quelle conséquence majeure aura cette disposition: certains clubs engagés en UEFA devront rejouer le samedi, 48 heures après leurs joutes européennes... Au mépris de la santé des joueurs et de l'équité du championnat. Car en la matière, la chaîne cryptée sera amenée, de fait, à favoriser ou défavoriser telle équipe par rapport à telle autre.
La décision aurait pu passer inaperçue, donc. Mais c'était sans compter sur un accès de militantisme un peu inattendu (mais dont on va évidemment se féliciter) de la part du quotidien sportif L'Équipe, qui a levé son bouclier avec une vigueur plutôt rare chez cette vénérable institution. Après avoir, dans un premier temps, divulgué l'information, le journal lui a consacré une pleine page dans son édition du 14 février, sous un angle sans équivoque. Les trois témoignages des personnalités invitées à s'exprimer s'étalent en effet sous les titres suivants: "C'est honteux" (Frédéric Biancalani), "C'est complètement idiot" (Francis Gillot) et "La fatigue, déclencheur n°1 des pratiques dopantes" (Michel d'Hooghe, en charge du dopage à la FIFA). Le tout assorti d'un édito sans ambiguïté: "Un vote détestable".

La condamnation est unanime, en particulier de la part des mieux informés du problème: joueurs, entraîneurs et préparateurs physiques. Les risques de blessure comme ceux d'un recours au dopage s'en trouvent multipliés. Il s'est quand même trouvé des présidents pour voter cette mesure, dont le Sochalien Jean-Claude Plessis, président de la Commission marketing – celui-là même qui ferraillait contre Aulas "l'ultralibéral", il y a quelques années.


Ubu chez Stakhanov

La Ligue, de son côté, a réagi avec un communiqué officiel dans lequel Frédéric Thiriez avec une argumentation absolument consternante. Qu'on en juge: "Moins de dix matches par saison seront concernés". Que Thiriez nous pardonne de considérer que ce sont dix de trop, et ce même si "un même club ne pourra être concerné qu'une fois par saison". D'autre part, le président de la LFP compte sur Canal+ pour décaler prioritairement les matches des équipes ayant disputé la C3... Ou comment compter sur un client auquel on vient de céder!

Mais l'argumentaire présidentiel ne commence à dégringoler vraiment qu'avec l'évocation des "exemples" étrangers. L'Allemagne, "qui a instauré une règle similaire, il y a trois saisons, sans soulever de difficultés". Sauf, peut-être, pour des clubs particulièrement médiocres sur la scène européenne ces dernières années. Mieux encore: le championnat anglais "dont deux journées entières ont été disputées à 48 heures d'intervalle, comme chaque saison, les 30 décembre et 1er janvier derniers". Tartuffe ne craint pas de s'enfoncer: "Prenons l'exemple de Liverpool qui a gagné à Tottenham le 30 décembre à 16 heures, puis battu Bolton le 1er janvier à 13h45". Magnifique exemple en effet.

Et si le voisin de Thiriez se jette par la fenêtre, soyez assuré qu'il en fera de même: "Quand on demande au football français d'être au niveau de ses voisins européens, il faut accepter les mécanismes en vigueur chez eux depuis longtemps". Rappelons à Me Thiriez que l'OM et les PSG ont remporté les deux seuls trophées européens du football français à une époque où ils bénéficiaient presque systématiquement d'un jour de récupération en plus que leurs adversaires... L'avocat conclut avec un ultime argument massue, en assurant que le règlement qui garantit "un jour franc de récupération" serait scrupuleusement respecté par l'instance, ajoutant que grâce à la possibilité d'inscrire dix-huit joueurs sur la feuille de match, les clubs pourront aligner des équipes "jusqu'à 100% différentes du jeudi au samedi". Voilà un fin connaisseur de la logique sportive et des inégalités entre les effectifs...


Platini, nouveau saint du calendrier ?

Depuis des années, les calendriers constituent le principal terrain de bataille entre les partisans d'un foot dérégulé, en particulier les clubs les plus riches, soucieux de multiplier les sources de revenus et qui comptent sur la qualité et la profondeur de leurs effectifs pour creuser un peu plus les écarts. À cet égard – et la révolte de L'Équipe en témoigne probablement – l'élection de Michel Platini, sur un programme s'érigeant contre le tout-business, a peut-être déjà un effet positif: après lui avoir exprimé un soutien massif, certains médias français se sentiront peut-être tenus de manifester un minimum de cohérence en "continuant le combat" – ou plutôt en le commençant.
On espère que cet élan sera durable, tant l'unanimisme qui a salué la campagne platinienne, autour de thèmes lamentablement négligés par les journalistes spécialisés jusqu'alors, a eu quelque chose de parfaitement surréaliste (voir la Chronique bolchevique du n°32 des CdF). Quitte à ce que les Cahiers perdent un peu en singularité.
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