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Christophe Zemmour

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[JDD #7] Irrésistibles

2010, Casillas des as

Les belles histoires de la Coupe du monde – Entre talent et réussite, Iker Casillas consacre sa remarquable carrière en décrochant le titre mondial en 2010.

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C'est l'histoire d’un duel décisif. Lancé en profondeur par une passe exquise de Wesley Sneijder, Arjen Robben échappe à la vigilance de Gerard Piqué et Carles Puyol, et se présente seul face à Iker Casillas. En ce 11 juillet 2010, l’Espagne et les Pays-Bas, toujours à égalité (0-0), se disputent l’honneur d’être la huitième nation championne du monde de football de l’histoire. La Roja domine son rugueux adversaire, mais elle tremble en cette 62e minute. Casillas sort jusqu’à son point de penalty et attend la décision de Robben.

 

 

Quatre ans plus tôt, le portier ibérique avait choisi la même option face à Franck Ribéry, quoi qu’en sortant un peu plus au devant de son opposant. Le dribble du Français lui avait été fatal. Là, l’autre ailier du Bayern Munich tente de frapper au but du plat du pied gauche. Casillas attend le plus longtemps possible avant de se coucher, mais il part du mauvais côté. Son pied droit, cependant, détourne la frappe en corner. Une gestion de l’instant aussi intelligente que finalement chanceuse: voilà qui résume probablement le mieux la carrière et le tournoi de cet immense gardien qu’est Casillas.

 

 

Les dieux de son côté

En 2013, San Iker confiait: “Plus Robben avançait, plus je me disais que mes chances de stopper sa tentative étaient élevées. Aujourd’hui encore, quand je revois cette parade, je suis ému jusqu’aux larmes.” Des larmes qui coulaient déjà sur ses joues au coup de sifflet final, celui qui entérine ce sacre mondial tant attendu après les déceptions de 2002 et 2006, et qui vient définitivement accomplir une carrière déjà brillante. Un titre tout sauf volé, à la différence du baiser, face aux caméras en zone mixte, qu’il adresse à Sara Carbonero, sa compagne depuis quelques mois.

 

Et pourtant, ce Mondial 2010 n’avait pas démarré de la meilleure des manières. L’Espagne bute sur la Suisse, qui convertit l’une de ses rares occasions. Si la gestion de sa sortie face à Eren Derdiyok est plutôt bonne, et s’il est également malheureux sur le contre d’un de ses coéquipiers qui ouvre le chemin du but à Gelson Fernandes, la gestuelle de Casillas, qui envoie par deux fois les pieds au lieu des mains, laisse un peu perplexe. Cette défaite initiale ne sera finalement pas préjudiciable à l’Espagne, qui assure ensuite deux victoires face au Honduras et au Chili. Le capitaine de la sélection de Vicente Del Bosque est alors sérieux et appliqué.

 

À l’image de son gardien, l’Espagne a de la réussite en huitièmes contre le Portugal et en quarts face au Paraguay, malgré une maîtrise nette et évidente qui aurait dû lui permettre des victoires plus faciles. Succès 1-0 les deux fois, avec un but tardif de David Villa et non sans quelques arrêts et autres frissons côté Casillas. Un ballon relâché mais rattrapé ici, une maîtrise de son but sur frappes lointaines là.

 

Et, surtout, ce penalty de Cardozo bloqué. Sous les recommandations de Pepe Reina, qui lui indique depuis la touche de quel côté plonger, Iker se couche sur sa gauche et bloque la tentative de l’attaquant du Benfica. Il vient alors d’annihiler la plus grande chance d’un adversaire dominé, comme il a l’habitude de le faire depuis des années. Répondre présent quand sa défense, pourtant si forte, est prise à défaut, c’est probablement l’apanage des grands gardiens de but. Tout ce que l’on attend du dernier rempart d’une équipe favorite.

 

 

Invincible

Ce n’est donc pas pendant ce tournoi sud-africain que Casillas cèdera lors de la phase à élimination directe, ni même encore deux ans plus tard en Ukraine et en Pologne. Une invincibilité débutée lors du victorieux Euro 2008. Une performance tout simplement bluffante. Face à l’Allemagne en demi-finale, il assure à nouveau les quelques arrêts et sorties à faire alors que la Roja est supérieure et trouve, là aussi, tardivement l’ouverture.

 

Contre des Pays-Bas contraints la plupart du temps à frapper de loin, il reste imbattable. Jusqu'à ce dernier duel lors des dernières minutes du temps réglementaire, encore face à Robben, dont il anticipe magnifiquement le crochet. Le portier et capitaine peut alors chercher cette Coupe du monde si désirée et crier sa magnifique joie. Il aura marqué de son empreinte ce sacre, comme son homologue respecté Buffon quatre ans plus tôt.

 

 

En 2012, il est probablement encore meilleur et plus régulier. Les années qui suivent sont nettement plus compliquées, que ce soit au Real ou avec la Roja. San Iker est moins performant, et, malgré la Décima en 2014, la fin de l’aventure à Madrid est amère, marquée notamment par la discorde avec José Mourinho. Le Mondial brésilien est un fiasco, avec en point d’orgue la déroute individuelle et collective face… aux Pays-Bas. Il perdra inéluctablement sa place de titulaire dans les cages de la sélection en 2016, au profit de David De Gea.

 

Aujourd'hui, Casillas est toujours gardien de but, au FC Porto. Sa carrière est plus derrière que devant lui. Mais quoi qu’il puisse désormais lui arriver, sa légende est écrite. Elle l’était peut-être avant même sa naissance, comme l’avait prophétisé à la mère d’Iker, encore enceinte, ce cordonnier mendiant dans les rues de Bilbao: “Votre fils sera un grand gardien de but.” Cet enfant, qui oubliera à l'âge de sept ans de composter le ticket de Loto Sportif de son père; les quatorze pronostics étaient pourtant tous justes [1]. Ce fils, dont la chance tournera, et qui deviendra le premier homme d'Espagne à soulever la Coupe du monde.

 

[1] Source: The Outsider: A History of the Goalkeeper de Jonathan Wilson.

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