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Christophe Zemmour

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Ode à la deuxième division

1966, Moore en son jardin

Les belles histoires de la Coupe du monde – Revenu d’un cancer des testicules deux ans plus tôt et proche d’une non-éligibilité, Bobby Moore devient le capitaine emblématique et iconique du sacre anglais de 1966.

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La Coupe du monde 1966 et Bobby Moore, c’est une histoire qui aurait pu ne jamais s’écrire. Avant le début de la compétition, le charismatique défenseur, à qui on prête des envies de départ, n’a alors pas trouvé d’accord avec son club de West Ham. Son contrat est arrivé à son terme, ce qui le rend… non sélectionnable pour les Three Lions tandis que le Mondial domestique qui pointe le bout de son nez!

 

Alf Ramsey prend alors les devants et convoque, à l’hôtel de l’équipe d’Angleterre, le coach des Hammers, Ron Greenwood, en vue d’une réunion de conciliation avec son joueur et capitaine. Un accord est trouvé et un nouveau contrat signé. Moore guidera la sélection jusqu’au sacre, en accomplissant un bon tournoi et surtout en marquant la finale de son empreinte. Une marque faite évidemment de classe et de grâce.

 

 

 

 

Chez lui, à Wembley

Lors de cette finale, l’Allemagne de l’Ouest mène 1-0 depuis six minutes grâce à un but de Helmut Haller à la 12e. Moore subit une faute de Wolfgang Overath. Déjà venu apporter le surnombre sur ce côté gauche, et au lieu de se replacer et de laisser le soin à un partenaire de se charger du coup franc, le capitaine a l’intuition de le jouer rapidement. Sa cible? Son coéquipier en club, Geoff Hurst, qui reprend de la tête et égalise. Moore accomplit alors un match monstrueux, couvrant un espace impressionnant, défendant proprement comme à son habitude, dégageant toujours ce calme qui le caractérise si bien.

 

C’est d’ailleurs ce calme qui lui permet, à la 120e et alors que son équipe mène 3-2 et qu'il a le ballon devant sa surface de réparation, de délivrer une nouvelle passe décisive. Même si le trophée Jules Rimet est à portée de main, il n’est pas question de perdre son flegme, de dégager le ballon au loin. Ce n’est pas le genre de la maison. Moore lève la tête et adresse une magnifique ouverture pour Hurst, encore, qui s’en va marquer son troisième pion et sceller la victoire des Three Lions. L'Angleterre remporte sa Coupe du monde, en ayant joué et gagné tous ses matches à Wembley.

 

 

Ce stade est le jardin de Bobby Moore puisqu’il y a déjà soulevé, en tant que capitaine de West Ham, la Coupe d’Angleterre en 1964, puis la C2 l'année suivante. Il complète alors ce fabuleux triptyque, remportant également dans l’intervalle un combat bien plus important, celui de la maladie, en guérissant d’un cancer des testicules. L'année 1964 fut décidément bien remplie pour lui puisqu’il y gagne aussi le capitanat de la sélection et l'élection du joueur de l’année, organisée par la Football Writers’ Association.

 

 

Devenir un pilier

Ce qu’il a désormais à faire, en ce 30 juillet 1966, c’est de signer des images qui traverseront le temps. Tout d’abord, essuyer ses mains pleines de boue et de sueur sur une nappe, avant d’aller serrer celle de la Reine Elizabeth II. Puis, être porté en triomphe par ses partenaires Geoff Hurst et Ray Wilson, trophée brandi dans sa main droite. Le cliché est mythique, statufié en 2003 à travers une sculpture de quatre mètres de haut érigée près de Uptown Park. Moore devint suite à cette victoire une icône en Angleterre, un “trésor national” comme il est inscrit sur sa statue – encore une – à l’entrée du nouveau Wembley. Il l’est même ailleurs, considéré par ses pairs, Pelé et Beckenbauer en tête, comme un ami et un défenseur à la classe inégalée. Il le démontrera en 1970 face au Brésil justement, exécutant notamment le “tacle parfait” face à Jairzinho et à nouveau associé à une photo magnifique de joie et de fair-play avec le Roi à la fin du match.

 

Bobby Moore quitte West Ham pour Fulham en 1974, avant de terminer sa carrière en NASL et au Danemark. Le 14 février 1993, il annonce souffrir à nouveau d’un cancer, à l’intestin et au foie en l’occurrence. Il s’éteint dix jours plus tard, à l’âge de cinquante-et-un ans. Celui que Alf Ramsey considérait comme “l’esprit et le cœur de son équipe, le professionnel suprême, celui sans lequel l’Angleterre n’aurait jamais remporté la Coupe du monde”, a alors droit à des funérailles à l’Abbaye de Westminster et à un hommage fort et mérité de la part du club de West Ham et de ses confrères. Bobby Moore avait en fait probablement compris une chose essentielle: l'élégance, elle, ne meurt jamais

 

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