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Christophe Zemmour et Richard N

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[JDD #3&4] Mises en place

1958, le "gag grandiose" de Just Fontaine

Les belles histoires de la Coupe du monde – Un record individuel peut-être inatteignable et une épopée collective inoubliable: juin 1958 fut particulièrement radieux pour Just Fontaine.

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Il est le dernier représentant encore en vie de ce “merveilleux triumvirat” comme l'appelle Pelé, Raymond Kopa et Roger Piantoni nous ayant quittés en l’espace de quatorze mois. Just Fontaine est également le détenteur d’un record que d’aucuns jugent inégalable et éternel – ou qui tiendra “au moins jusqu'en 2018”, comme il le confiait lui-même, amusé [1]. Celui, évidemment, du nombre de buts marqués lors d’une seule phase finale de Coupe du monde. Treize réalisations en six matches d’une aventure aussi belle qu’inattendue. D’une histoire avant tout collective.

 

 

Sur les chapeaux de roues

Dans ses valises pour la Suède, Justo a emporté un lancer pour la pêche. La préparation de l’équipe de France pour ce Mondial 1958 se fait dans la détente, entre concours de pêche, de boules et de ping pong. Les Bleus sont partis tôt, et avec peu d’enthousiasme autour d’eux. Un exemple: la FFF n'a fourni que trois jeux de maillots. Après le premier tour, ces tuniques ont dû être relavées, et même décousues et brodées à nouveau.

 

 

 

 

Malgré ces doutes et quelques matches de préparation face à des équipes d’amateurs durant lesquels il rate “beaucoup de buts”, Just Fontaine se sent “prêt à faire un malheur et à casser la baraque”, fort de ses trente-quatre réalisations en vingt-cinq matches sur la saison écoulée. Un exercice tronqué et marqué par une opération au ménisque six mois auparavant. L’attaquant français est confiant, mais pas dupe non plus, sachant qu’il profite alors des blessures de Cisowski et de Bliard. Sa longue convalescence vaincue, les signes tournent en sa faveur, malgré la péripétie d’une chaussure abimée lors d’un entraînement, ce qui le conduira à emprunter la paire de crampons de Bruey pour le reste de la compétition.

 

Contre le Paraguay, pour le premier match du tournoi des Bleus, il est éblouissant. Il inscrit trois pions et délivre deux passes décisives pour ses compères Kopa et Piantoni, participant grandement à la victoire (7-3). Tout au long du tournoi, Fontaine va également faire étalage de toutes ses qualités d’attaquant et d’artificier, avec des buts de joueur de surface, des départs à la limite du hors-jeu, une efficacité clinique devant le gardien, ou dans le crochet pour éliminer un défenseur et s’ouvrir le chemin des cages. Il est impressionnant de finesse, de maîtrise, de sang froid et d’intelligence.

 

 

Sans égal

Justo inscrit un doublé contre l’Irlande en quarts, ce qui le place encore à trois unités du record de onze buts de Sándor Kocsis, établi quatre ans plus tôt. En demies, il égalise face au Brésil sur une passe magnifique de Kopa, devenant le premier joueur à tromper l’arrière-garde auriverde lors de ce tournoi. La suite est connue: blessure de Jonquet, défaite (2-5), éclosion d’un jeune prodige surnommé Pelé. Malgré ce joli parcours, Fontaine garde l’esprit tourné vers le collectif, regrettant cette élimination que sa prestation individuelle exceptionnelle ne compensera pas à ses yeux.

 

 

 

 

Son quadruplé en match de classement face à l’Allemagne de l’Ouest lui permet de porter son total de buts à treize, les deux derniers étant inscrits sur des frappes croisées du droit qui finissent dans le petit filet. Un joueur prolifique, mais altruiste et lucide, qui n’avait pas l’obsession de terminer meilleur buteur, et sait ce qu’il doit à ses coéquipiers… qui le portent haut à la fin de la compétition: “Ce n’est qu’à ce moment-là que j’ai réalisé ma performance. Mais, trente secondes après ce mini-tour d’honneur, tout était oublié. Je préférais retenir notre troisième place plutôt que ma première.”

 

La Coupe du monde 1958 de Just Fontaine apparaît a posteriori presque comme une aventure hors du temps, une idylle assez fortuite:  “Ce record de treize buts me fait toujours penser à un gag grandiose.” [2] Ce qui en fait peut-être aussi un accomplissement unique pour un attaquant alors en pleine confiance. Par la suite, seul Gerd Müller, en 1970, parviendra à inscrire au moins dix buts lors d'une phase finale, les autres top-scoreurs portant généralement leur total entre quatre et huit pions.

 

Fontaine arrête sa carrière en 1961 à la suite d’une fracture de la jambe gauche, celle-là même qu’il avait déjà brisée un an plus tôt dans un choc avec Sékou Touré. Il entame dès 1967 une carrière d’entraîneur qui se terminera là où tout a commencé pour lui, le 18 août 1933. Au Maroc, là où les buts étaient des eucalyptus, et pas encore la signature d’une performance à nulle autre pareille.

 

Sources:
[1] Just Fontaine: “Treize buts... Je pense tenir encore un peu”, Nicolas Kssis-Martov, So Foot, 18 novembre 2014.
[2] “Le bon compte de Fontaine”, Pascal Ferré, France Football, 25 décembre 2001.

 

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