Les Cahiers du football

Élection
du Ballon de Plomb 2007
Fabien Barthez
FC Nantes
Sa sélection en 2005, l’année du crachat, nous avait été reprochée... Cette fois, Barthez présente des états de services impeccables. Un choix de carrière calamiteux, qui le voit voler au secours d’un FC Nantes déjà plombé : l’homme providentiel aura à peine servi d’opération de communication au président Roussillon, dont il passera surtout pour la danseuse. Des performances très irrégulières, illustrées par un quadruplé de Savidan encaissé à la Beaujoire. Et côté mentalité, un festival : embrouille avec certains de ses nouveaux coéquipiers (dont Da Rocha et Savinaud, piliers de la maison jaune) ; abandon d’entraînement pour cause de bombardement intempestif de ses cages ; abandon de match sur blessure diplomatique au milieu de Nantes-Sedan après avoir encaissé un but casquette. Et pour finir, abandon de club, à quatre journées de la fin, après une agression de son aile avant droite par un supporter. Le sauveur s’est sauvé, laissant le FCNA prendre le chemin de la Ligue 2.
Atout : une étoile qui chute, ça fait plus de bruit.
Faiblesse : on peut tout mettre sur le dos de Rudi Roussillon.
Éric Cubilier
FC Nantes et FC Metz
La lecture seule de son CV 2007 a de quoi affoler ses concurrents dans la compétition : en ayant évolué successivement avec les lanternes rouges du premier et du second semestre, l’ancien Niçois doit être le joueur ayant le moins marqué de points en championnat depuis le début de l’année civile. Nul doute que ses performances personnelles participent d’ailleurs activement des résultats de ses équipes, si l’on en croit sa capacité à cumuler les gestes défensifs de plomb.
Atout : sa remarquable capacité à n’évoluer dans des clubs historiques du championnat (Monaco, PSG, Lens, Nantes et Metz) qu’aux périodes les plus pathétiques de leur histoire.
Faiblesse : il a joué cette année dans deux des « Football Club » les plus attachants de l’élite, laissant à penser qu’au fond, il doit tout de même bien être un petit peu footballeur.
Stéphane Dalmat
Girondins de Bordeaux et FC Sochaux
Sera-t-il le Maldini du Ballon de Plomb ? Déjà deux fois nommé, présent une fois sur le podium (2006), il a le chic pour échapper à cette juste sentence : auteur de débuts de saison qui font illusion, il a l’habitude de se désintégrer totalement après le nouvel an. À Bordeaux, il a disparu du groupe comme il avait disparu de celui de Toulouse deux ans plus tôt, ne disputant que treize rencontres de championnat (autant qu’à Santander au cours de la saison intermédiaire).
En toute discrétion. On ne parle donc de lui que pour saluer ses « retours » et entendre ses vaines promesses de nouvelle maturité et de renouveau footballistique... Alors qu’il représente tout de même une escroquerie de première ampleur, avec ses 375 années de contrats signés depuis ses débuts. Transféré à Sochaux pour une énième relance de sa carrière, il « brille » dans une équipe qui va d’emblée se caler dans la zone de relégation.
Atout : sa non-carrière doit enfin être récompensée !
Faiblesse : il s’est bien planqué dans un des clubs les moins glamour de France.
Gerard
AS Monaco et Recreativo Huelva
Gerard Lopez Segù dit Gerard a débarqué à Monaco avec l’étiquette « d’international espagnol en provenance d’un grand club et en manque de temps de jeu ». Comme Fernando Morientes donc. On allait voir ce qu’on allait voir ! Et on a vu. Une première saison blanche, la faute à une grave blessure au tendon d’Achille. Une deuxième saison qui n’a rien à envier à la première. Des blessures à répétition, de graves ennuis familiaux et cette statistique remarquable mais fort peu glorieuse : pendant la saison de L1 2006/2007, Gerard a été titulaire une seule fois (remplacé à la mi-temps qui plus est !) et remplaçant à cinq reprises. Bilan des courses : six défaites dont trois à domicile. On comprend pourquoi le gato negro n’a plus été convoqué après la 21e journée de championnat...
Ayant fait le tour de tous les centres de soin de la côte azuréenne et désireux de relancer sa carrière dans un club plus à la portée de ses peu époustouflants moyens techniques, Gerard a signé cet été au Recreativo Huelva pour une saison, avec l’ambition de rejoindre un club plus huppé dans un an. Sinon, y aura toujours de la place à Kilmarnock...
Atout : il a déjà un nom d’anti-trophée.
Faiblesses : la concurrence de Kallon qui risque de cannibaliser toutes les voix monégasques et l’absence de reproches à lui faire sur le plan comportemental.
Damien Grégorini
AS Nancy Lorraine
2007 est une étape clé dans la carrière du grand Damien. Celle de la migration du Panda en Lorraine. Profitant de l’injuste concurrence de Lloris à Nice, de l’exil de Sorin à Auxerre, de la blessure de Bracigliano et de la conjonction favorable de Saturne et Andromède, le club de Pablo Correa jeta son dévolu sur le plus mythique que miteux Niçois. Héros du Ray qu’on aime railler, Grégorini est surnommé le Panda, comme Jalabert, mais plutôt pour son côté Fiat des années 80, toute en vibration et tenue de route hésitante. Au bout de ses bras fébriles, il tient la baraque de janvier à juin, permettant à Nancy de bien figurer dans le bas-ventre mou de la L1. Depuis le retour de Bracigliano, Nancy flirte avec la Ligue des champions. C’est ça, l’effet Gregorini. A l’honneur, en Coupe de la Ligue, en cette période électorale, Gregorini reste un casse-tête pour les ralentis de Fred Godard. Comment ralentir une image arrêtée ?
Atout : ses dix matches joués avec l’OM entre 2000 et 2002 ont laissé des traces indélébiles parmi les nombreux supporters marseillais.
Faiblesse : Correa a bien dû lui trouver une qualité pour le nommer capitaine de l’équipe B qui joue la Coupe de la Ligue.
Mohamed Kallon
AS Monaco et ANPE
Il avait fait trois fois le tour de l’Italie avant de se poser à l’Inter de Milan où sa première saison fut la seule honorable. Il a ensuite traversé les Alpes avec une affaire de dopage qui lui collait au train pour rejoindre Monaco, où l’on attendait de lui qu’il remplaçât Morientes. Une fois de plus, ses premiers mois seront respectables, notamment grâce à une bonne entente avec Chevanton. Depuis, la chute rappelle la courbe de l’action de la Lazio de Rome. Parfois accusé d’avoir un caractère difficile à vivre, Kallon est prêté un an à Al Ittihad où il côtoie Joseph-Désiré Job. À son retour sur le Rocher, les dirigeants font comme s’ils n’avaient jamais entendu parler de lui. Il jouera une douzaine de matches lors de la saison 2006/07, marquant peu de buts et peu d’esprits. Ce qui justifie une nomination au Ballon de Plomb? Après Birmingham City, c’est Portsmouth qui vient de ne pas donner suite aux quelques jours d’essai qu’il y a passé...
Atout : la Sierra Leone exporte déjà de l’or et des diamants. Le plomb est une suite logique.
Faiblesse : on ne saura pas à quelle adresse lui envoyer sa récompense.
Bonaventure Kalou
Paris SG, Lens et Al Jazira Abu Dhabi
Plus qu’un joueur, Kalou est un archétype. Plusieurs, même : il incarne à merveille l’« attaquant-doué-mais-indolent » dont le manque de hargne désespère les supporters venus voir leurs favoris « mouiller le maillot ». Kalou complète aussi avec panache l’interminable cohorte de bons joueurs venus crasher leur carrière au PSG. Ensuite, avec son transfert à Lens dans les bagages du père Roux, il illustre cette tendance qu’ont certains coachs à faire venir dans leurs nouveaux clubs leurs joueurs fétiches – tendance exaspérante pour bien des supporters : allez expliquer aux Auxerrois pourquoi Maoulida a mis Jelen sur le banc... Enfin, avec son départ en douce pour le Qatar quelques jours après le limogeage de son protecteur à bonnet, il personnifie, à vingt-neuf ans seulement, l’antique « retraite dorée » à la Leboeuf-Desailly dans un championnat mineur aux salaires mirifiques, alors qu’il aurait montré plus de panache en allant jouer à Metz pour un SMIC et demi. Quatre bonnes raisons de ballondeplombiser le joueur le plus technique et le plus enthousiasmant du lot, et qui aurait sans doute pu connaître une carrière lumineuse.
Atout : les électeurs parisiens sont vindicatifs.
Faiblesse : tel le chamallow, il peut encaisser les coups sans perdre sa forme.
Johan Micoud
Girondins de Bordeaux
Michel Platini a toujours dit qu’un bon meneur de jeu n’avait pas besoin de courir s’il faisait courir le ballon. Johan Micoud semble avoir suivi les conseils du maître au pied de la lettre. Au point qu’il a autant de mobilité sur un terrain que le Platoche d’aujourd’hui (lequel se voit probablement servir plus de caviar à la cantine de l’UEFA que les attaquants girondins à Lescure). Sorte de caméléon footballistique, l’ex-Cannois se fond à une vitesse fulgurante au sein des effectifs qu’il incorpore, s’adaptant aussi bien à la section ultra-offensive du Werder qu’à la bande de neurasthéniques girondins – au sein desquels il est un peu le Bellion de Plomb.
Atout : avec le départ de Dhorasoo à Livourne et le décès sportif de Meriem, il est le dernier héritier déshérité de Zinédine Zidane encore en activité en France.
Faiblesse : en permanence à côté de Laurent Blanc sur le banc girondin, certains doivent être persuadés qu’il est l’efficace entraîneur adjoint d’une des bonnes équipes de L1.
Daniel Moreira
Stade rennais
Ancien atout précieux d’un RC Lens en forme européenne, son élégance offensive, incarnée médiatiquement par des buts improbables contre le Deportivo ou le Milan, lui vaudra une poignée de sélections en équipe de France. Des choix de carrière illisibles (hormis le refus de signer a l’OM) lui vaudront ensuite de se lancer dans un tour de France des clubs moyens, dont les périodes fastes coïncident avec son absence (Toulouse accède a la Ligue des champions après son départ, Rennes réussit sa meilleure entame depuis des années), avec en point d’orgue une dernière saison a zéro but, qui en fit le seul international non encore trentenaire titulaire en CFA.
Atout : une rumeur persistante l’envoie au mercato rejoindre le FC Metz, où son inefficacité devrait merveilleusement s’adapter a la culture locale.
Faiblesse : difficile de le faire figurer au même palmarès Francis Llacer et un des mecs gentils du football français.
Matt Moussilou
OGC Nice, AS Saint-Étienne, OM et Al Arabi Doha
Alors surnommé la Biquette (sic), Matt Moussilou se fait remarquer à Lille – un de ses nombreux points communs avec Dagui Bakari – sous Claude Puel lors de la saison 2002-2003. Il connaît même l’honneur de quatre sélections chez les Espoirs de Raymond Domenech. L’année 2005 est celle de tous ses exploits, notamment son quadruplé face à Istres – il inscrit à cette occasion le hat-trick le plus rapide de l’histoire de la Ligue 1. Déjà à l’apogée de sa jeune carrière, il perd sa place au profit de Peter Odemwingie et est transféré à Nice pour la modique somme de quatre millions d’euros. Il y inscrit le modique total de zéro but, avant d’être puni par un prêt dans le Forez. Cette saison, Matt Moussilou continue
son tour des vieilles gloires du football français en étant prêté à l’Olympique de Marseille (comme témoin à charge dans le procès du recrutement phocéen).
Atout : véritable porte-poisse, il est à Saint-Étienne quand Nice se sauve de la relégation et à Marseille quand les Aiglons gagnent au Vélodrome pour la première fois depuis trente et un ans.
Faiblesse : il a un côté indubitablement sympathique et puis, qui voudrait faire du mal à une biquette ?
Sammy Traoré
Paris SG et AJ Auxerre
Erreur de casting de l’année dans l’effectif du PSG 2006/2007 (c’est déjà une victoire, compte tenu de la concurrence), il enfonce un peu plus son nouveau club dans le burlesque et entraîne le pauvre Mario Yepes dans sa chute. Reconnaissons que Sammy Traoré est surtout victime de son transfert, car ce joueur symbole d’une équipe valeureuse s’est transmuté, dans la capitale, en parangon de maladresse défensive et d’impuissance technique. Sa bonne bouille n’a pas compensé, aux yeux des supporters, son physique de basketteur. Et son expérience de la lutte pour le maintien n’a pas été retenue à son crédit.
Atout : il serait capable de se faire très mal en laissant chuter le trophée sur son pied.
Faiblesse : il est buteur dans l’équipe B qui a réussi le seul exploit du PSG cette année, contre l’AEK à Athènes en Coupe de l’UEFA.
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